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"Les citoyens sont si souvent sondés qu'ils en ont perdu toute opinion." Jean Baudrillard Description audio !
Catégorie : Blog Politique Date de création :
23.04.2007 Dernière mise à jour :
16.06.2008
Il vous faudra beaucoup d’efforts pour atteindre un niveau médiocre.
Ayant été convié par un ami à un spectacle d’expression corporelle, j’ai eu droit à un show qui, en plus de sa beauté indéniable, m’a interpellé de par sa symbolique. En effet, parmi des acteurs blancs incontestablement talentueux, et des actrices aussi souples que belles, un petit acteur noir sortait du lot. Il n’avait rien d’exceptionnel, il était juste un peu drôle. J’ai appris plus tard qu’il était djiboutien. Bref, il n’a joué qu’un rôle secondaire pendant une bonne partie de la représentation, et c’est à la fin que ses camarades se sont intéressés à sa pauvre personne. En effet, il sombre dans la folie et finit par tomber carrément. Une fois à terre, ses camarades blancs le ramassent -c’est le cas de le dire- et une joie incommensurable règne sur la scène.
Plus tard dans la soirée, dans un restaurant parisien dont le seul aspect positif réside dans ses horaires d’ouverture, un débat improvisé sur la mince frontière entre résistance et terrorisme me fait réagir : j’explique à mes amis affamés que le Sud, tout comme le Nord, a le droit d’user de la violence pour résister. Evidemment -c’est tout le charme de la jeunesse française, je ne réussis à convaincre personne, et j’en suis arrivé à la conclusion que, si au Nord, le symbole de la résistance est Jean Moulin, le Sud devait se contenter de Gandhi. Je m’explique, tout comme le nucléaire, les armes de façon générale sont réservées aux Occidentaux qui savent s’en servir. Méchant Hezbollah qui devrait prendre exemple sur le Dalaï-lama ! Les Arabes doivent résister pacifiquement au sionisme, et seulement après, ils pourront compter sur le soutien de la jeunesse parisienne.
Il est quatre heures du matin -entre-temps, nous rencontrons un Danois qui reproche à Sarkozy l’interdiction des poppers- quand mon cerveau fait le lien entre ces deux histoires. Le Noir, l’Arabe, le Jaune ne sont appréciés que dans deux situations : soit à terre soit lorsqu’ils résistent avec le sourire. Evidemment, il y a aussi ceux qui disent à l’Occident ce que l’Occident attend d’eux, les collaborateurs, les « ni putes ni soumises » qui sont juste l’inverse.
Il paraît que le mois de mai est la meilleure période pour régler le problème de l’idéologie. C’est d’ailleurs pour cela, et je le dis de source sûre (la télé car je ne manifeste pas), que certaines organisations politiques manifestent le premier jour de ce mois de printemps. Voilà pourquoi (ce n’est pas du tout la raison en réalité, il n’y en a d’ailleurs pas) j’ai décidé, avec un joli morceau de Portishead, d’éclairer mes chers lecteurs sur la tendance politique de ce site. Ceci dit, c’est aussi l’occasion d’introduire un prochain manifeste.
Trois concepts centraux :
D’abord, le Sud. Cette vaste région victime de systèmes politiques et économiques pensés par le Nord et pour le Nord. Nous saluons et promouvons toute initiative destinée à défendre les intérêts de populations du Sud : que cela passe par des nationalisations et des intégrations régionales (Amérique du Sud), ou par une lutte acharnée contre les puissances d’oppression (Proche-Orient).
Ensuite, la gauche. La gauche, par définition, combat l’ordre établi. Tout mouvement se réclamant de la gauche qui veut intégrer l’ordre établi dans sa pensée est un mouvement à combattre, au même titre que l’ordre établi.
Enfin, le conservatisme. La gauche que nous défendons ne doit pas être une gauche de rupture. D’ailleurs, c’est une gauche ouverte à tout mouvement de droite partageant son hostilité à l’ordre établi (les gaullistes français). Nous réfutons tout mouvement de gauche ayant tendance à nier la nature de l’homme en brandissant l’homosexualité comme un mouvement de liberté, à promouvoir la lutte des sexes en nourrissant un féminisme nocif, à rejeter le concept de nation au profit d’un universalisme ridicule, à préférer les kibboutz israéliens à la cause palestinienne et à confondre révolution et combat.
Le nouveau président français s’ennuie. Il a tout fait pour gagner au Lotto, et maintenant que c’est fait, il est pressé de se débarrasser de cette responsabilité insupportable qui consiste à gérer l’énorme entreprise qu’est la France. En plus de cet ennui, ce que l’on retient de sa prestation à la télévision c’est sa capacité, encore intacte, à se contredire, ainsi que son excitation dès qu’il s’agit des étrangers. Une excitation contrastant avec son [pseudo] changement.
M. Sarkozy commence par expliquer que la mondialisation est l’occasion de se mettre en valeur, chaque pays pouvant progresser en comptant sur ses propres moyens, c’est à croire que là encore le travail paye. Si certains Etats africains, ainsi que Haïti, souffrent des émeutes de la faim, on sait désormais que c’est parce qu’ils travaillent mal. Seulement, Sarko, sans avoir l’impression de se contredire, évoque ensuite une crise internationale qui l’empêche d’agir, de travailler dans le bon sens. Cette mondialisation qui permet une concurrence salvatrice l’empêche finalement, tout autant que l’homme africain, de faire ce qu’il faut.
Premier sujet abordé : l’économie. Fièrement, il explique que la hausse des prix est plus importante en France qu’ailleurs. Ensuite, invoquant la sacro-sainte compétitivité inhérente à la globalisation, il explique qu’il n’est pas question d’augmenter les salaires. Enfin, sans apporter de solutions au problème du pouvoir d’achat, il fait preuve d’un populisme effarant : il dit comprendre les salariés des riches entreprises qui protestent. Problème : ils veulent une indexation des salaires sur les prix, alors que son rôle, et c’est lui le dit, est de faire en sorte que les actionnaires restent. Question : on sait comment il aide les actionnaires (en n’augmentant pas les salaires), mais, à part les encourager à protester, que fait-il pour aider les salariés ? Indépendamment de cela, on retiendra la stigmatisation des chômeurs, le travail érigé en valeur centrale (d’ailleurs, sans travailler plus, il ne faut rien espérer) et la mise en accusation de la fonction publique (c’est en supprimant des postes de fonctionnaires qu’il compte atteindre le déficit 0 en 2012).
Deuxième sujet abordé : les questions de société. Là, cinq thèmes sont abordés : l’immigration, l’éducation, les retraites, les OGM et la spéculation. Sur les travailleurs sans-papiers il s’énerve : pas besoin d’eux, il faut respecter la loi et, surtout, il faut cesser de culpabiliser. Mais pourquoi, lui à qui la Shoah semble coller à la peau, s’est-il senti obligé de parler de culpabilisation sur un sujet aussi concret ? Et pourquoi, alors que le journaliste évoque la possibilité d’une régularisation, a-t-il insisté sur le fait qu’il faille plus qu’un travail pour devenir français ? Je ne sache rien de plus extravagant qu’un ancien ministre de l’intérieur confondant régularisation et naturalisation ! Pire encore, tout comme il punit les chômeurs pour l’incompatibilité entre l’offre de travail (par les individus) et la demande de travail (par les entreprises), il sanctionne ces travailleurs sans-papiers pour leur existence même alors que des Français bien d’ici se retrouvent sans emploi. Sur l’éducation, je retiens surtout qu’il trouve normal que les jeunes s’inquiètent (peut-être parce que lui-même a cessé de s’inquiéter). Sur les retraites, je retiens sa volonté de faire travailler les gens plus et plus longtemps pour épargner les entreprises qui risquent de délocaliser (c’est là qu’on voit à quel point la mondialisation est une bonne chose). Sur les OGM, tout comme sur la spéculation, il parle vaguement de précautions… C’est à croire que la précision est réservée à des domaines moins influents mais plus médiatiques.
Troisième sujet abordé : la diplomatie. Et c’est là que j’ai l’impression de commenter la parole d’un véritable con d’Orsay (proche de l'autre Nicolas [de Condorcet] à certains égards). Pour la Chine, d’abord, il dit «j’ai parlé au président chinois» comme il disait «j’ai parlé au président Kadhafi». Personnellement, je ne le crois pas. Ensuite, il explique que l’intérêt de la Chine réside dans sa capacité à influer sur les régimes de Téhéran et de Khartoum (deux régimes liés par l’islam). Enfin, il invoque De Gaulle (qui a reconnu la Chine avec le Tibet) pour justifier son incapacité à aider les bouddhistes. Je comprends ses hésitations : d’un côté, il y a des intérêts économiques indéniables ; d’un autre côté, il y a des lobbies (Robert Ménard [RSF] est payé par la CIA) qui oeuvrent contre l’intérêt des entreprises françaises. Pour l’Europe, en bon clown prompt à diriger l’Union, il indique que seule la partie la plus jolie d’Istanbul est européenne. Pour l’Afghanistan, il refuse tout dialogue avec des Talibans soutenus par la population, celle-ci se sentant, à juste titre, agressée et méprisée par les Occidentaux. Le cliché du musulman moyenâgeux est inévitable pour justifier son atlantisme. Evidemment, le propos est tempéré par les fameux «droits de l’homme», de la «malheureuse» femme afghane notamment. Il finit par invoquer des attentats à Paris (la peur est nécessaire à tout discours populiste et xénophobe)… Mais lesquels ? Pour le Hamas, Sarko ne veut rien entendre. Ces islamistes veulent rayer, tout comme l’Iran, Israël de la carte. En réalité, le Hamas, et le président Carter le sait pour avoir dialogué avec lui, reconnaît désormais les frontières de 1967. C’est donc les islamistes du Hamas qui font des efforts, et non le gouvernement massacreur d’innocents d’Olmert. Que l’héritier de Vichy préfère le collaborateur Abbas, cela peut finalement se comprendre ! Dernier thème : Betancourt. Soutien justifié par le fait qu’elle soit française.
L’édito :
Ce printemps 2008 sera certainement l’occasion de revenir très longuement sur l’un des tournants les plus néfastes du XXe siècle. Je parle évidemment de mai 68. En effet, certains vont oser fêter la mort du gaullisme et du communisme et la victoire d’une bourgeoisie libérale qui n’a fait que promouvoir une liberté de consommer, de consommer la liberté y compris. Ainsi, les idéologies qui manquent le plus aujourd’hui, celles qui sont le plus susceptibles de permettre une résistance sérieuse, furent achevées, et quoi de mieux que la présidence de Sarkozy pour rappeler cela ? Le président qui a le plus insulté l’événement le représente pourtant à merveille.
Ce propos hostile qui peut choquer certains mérite quelques explications, ainsi que quelques illustrations. D’abord, l’histoire me donne raison : à droite, le libéralisme s’est substitué au gaullisme (de VGE à Sarko, la parenthèse chiraquienne mise à part) ; à gauche, le libéralisme s’est substitué au communisme (de Mitterrand à Royal). Ensuite, il suffit d'ouvrir les yeux aujourd'hui.
J’ai parlé de résistance, et outre la résistance au libéralisme et à l’économie de marché c’est de la résistance aux influences américaine et sioniste qu’il s’agit.
Dans les articles précédents, j’ai eu l’occasion de revenir assez longuement sur l’influence sioniste, mais celle-ci dépasse le soutien apporté à l’Etat terroriste. Ainsi, dans l’hostilité à l’égard du Soudan, de la Chine, de l’Iran et de la Syrie le rôle du lobby sioniste est indéniable. Un lobby passé maître dans l’art de la propagande : manipulation d’images en Chine (des images prises au Népal ou ailleurs pour illustrer la répression en Chine) et manipulation de propos en Iran (le président iranien n’a jamais parlé de rayer Israël de la carte, mais simplement d’effacer le sionisme des pages de l’histoire comme on le fit avec le fascisme sans s’attaquer aux Allemands et aux Italiens).
Pour ce qui est de l’influence américaine, l’attitude incompréhensible du manager de la France l’illustre parfaitement. En effet, ému par l’accueil -imprévu- de la reine, Sarko s’est senti obligé d’annoncer aux parlementaires britanniques (comble du mépris pour les institutions françaises) l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan. Malgré mon attachement à la culture britannique, je ne peux que constater que cet acte traduit manifestement une volonté de substituer l’atlantisme au fameux moteur franco-allemand dans la construction européenne. Autre action symboliquement imbécile, voire imbécilement symbolique : le fait d’annoncer en Roumanie (l’Europe que Rumsfeld opposait à la Old Europe [vieille Europe] des Français et des Allemands) l’éventuelle réintégration au commandement intégré de l’OTAN. De Vichy et Hitler à Sarko et l’OTAN.
Indépendamment de cette volonté de COLLABORER avec la puissance dominante, le président français semble accorder une trop grande importance à son action. Ainsi, croyant vraiment qu’ « ensemble tout devient possible », il a pensé que l’envoi d’un avion en Colombie suffirait à ramener l’otage des résistants colombiens (FARC). La France des Lumières doit pouvoir sauver le Tibet et ramener Betancourt, la même France des Lumières qui était censée échapper au nuage radioactif venu de Tchernobyl (référence à un texte de Baudrillard).
Ce printemps 2008 est aussi l’occasion de confirmer mes craintes sur le mépris vis-à-vis du Sud, ainsi que sur l’islamophobie. Cette dernière se traduit notamment par un deux poids deux mesures ostensiblement affiché par les médias : alors que la profanation du cimetière juif de Carpentras a fait la une des médias, celle du carré musulman dans le Pas-de-Calais n’a pas touché grand monde ; et alors que la pseudo-répression infligée au Tibétains suscite les passions en Occident, celle contre les musulmans ouïghours (toujours en Chine) n’intéresse personne. Est-ce dû aux clichés du musulman terroriste et du bouddhiste sympa ?
Le mépris va plus loin que la religion. Les membres de l’Arche de Zoé sont finalement libres, notamment libres de polluer les médias (déjà bien pollués), et en les écoutant on arrive inévitablement à la conclusion suivante : l’Afrique est décidément le contient où n’importe quel minable venu d’Europe peut s’ériger en héros. Mais malheureusement le Sud n’est pas méprisé que par des minables, des institutions prétendument respectables s’y mettent aussi : la Banque mondiale et le FMI (fonds monétaire international) veulent s’attribuer le rôle de défenseurs des pauvres qu’ils appauvrissent. Ainsi, on offre quelques millions à Haïti pour gérer le problème de la faim après lui avoir imposé un changement de régime (jeu de mot involontaire).
Pensées en bref :
-L’identité française n’est-elle pas plus menacée par l’atlantisme que par l’immigration ?
-Je viens de tomber sur une chanson particulièrement raciste : Inch’Allah d’Adamo. Contexte : guerre des Six Jours. Les Israéliens y sont décrits comme « les six millions d’âmes [...] qui malgré le sable infâme ont fait pousser six millions d’arbres ». Je suis tenté de la prendre à l’envers cette chanson : six millions d’infâmes sur un sable sacré !
-Faisons le bilan de la rupture promise par Sarkozy : la religion prend une place croissante (le jour de la mort de Césaire, un évêque est élu à l’Académie française) ; sur le plan culturel, le couple présidentiel est une insulte à la dimension tragique du pouvoir ; sur le plan économique, le candidat qui promettait l’impossible est devenu le président qui ne peut rien. D’ailleurs, c’est devenu un homme ordinaire (parfois simple et vulgaire) dont l’élection s’apparente à une victoire au Lotto (lire absolument le Monde diplomatique de ce mois-ci, « L’art de faire rêver les pauvres », Mona Chollet).
-Le pape va aux Etats-Unis faire l’éloge de l’ingérence tout en rappelant son passé nazi. Très marrant. Les catho rejoignent les protestants et les sionistes ?
-Les Israéliens massacrent y compris pendant la Pâque juive.
-Une question : pourquoi parle-t-on de la menace islamiste en Occident sans jamais songer à la menace sioniste en Orient ?
-Je lis de plus en plus d’articles sur le pseudo-choc des civilisations entre Islam et Occident. Il serait donc question de valeurs. Il est facile de parler de choc de valeurs si l’on pense que ceux qui veulent le retrait des troupes américaines sont contre la liberté en tant que valeur occidentale, et que ceux qui veulent récupérer les territoires palestiniens occupés sont antisémites. Tout est dans la manipulation du discours.
Auteur: Adlene Mohammedi.
Remarque: je vous saurais gré d'être indulgent avec le style.
Avec un peu de retard et quelques hésitations je finis par publier ces « pensées hivernales » tant attendues je l’espère.
Je voudrais commencer par le chef d’Etat français qui vient de clore un voyage au Royaume-Uni dont on ne peut que se demander s’il avait une quelconque utilité. Certes, il répond à une cohérence indéniable – un homme qui a vidé de son sens la notion de gaullisme à droite va rencontrer un gouvernement qui a fait du grand parti de gauche que fut le Labour un New Labour qui s’est vite avéré un « No Labour » puis carrément « Anti-Labour » (je cite le Respect MP G. Galloway) - qui n’empêche pas des interrogations sur l’avenir de l’échiquier politique européen, en effet, aura-t-on droit à un débat entre des politiques qui pensent tous la même chose ?
En effet, quand j’ai entendu M. Bernard-Henri Lévy se réclamer de la gauche, et quand j’ai vu les élites françaises se mettre à parler comme un seul homme là où elles étaient censées débattre, j’ai compris l’état dans lequel se trouvait le « pays des Lumières » et des « droits de l’homme ». Justement, parlons-en de ces droits de l’homme qui n’ont de sens que pour certains cas sélectionnés par certains groupes, ou par un groupe certain. Ainsi, un certain nombre de lobbyistes (il ne peut être question d’intellectuels pour des gens qui ont un mal fou à se transcender) ont décidé de trafiquer l’héritage des Lumières à leur avantage : nous sommes passés des « droits de l’homme et du citoyen » aux « droits de l’homme » tout simplement. Je reviendrai sur ce thème plus tard, j’ai promis de commencer par le petit président.
Car ce dernier aussi a de drôles de rapports avec l’histoire. Il tourne le dos à la tragédie qu’a constitué la guerre d’Algérie avant de conclure son discours sur la politique israélienne de la France auprès de l’ambassade bis d’Israël (CRIF) par une lubie de celles dont il a le secret, je parle évidemment de celle qui consiste à vouloir sponsoriser les écoliers d’aujourd’hui par des victimes de la Shoah d’hier. Et dire qu’on pensait que la France n’avait rien à se reprocher. Une conclusion dont, d’ailleurs, se serait bien passé le ministre de l’éducation qui parlait de plus d’école à l’école. Ce n’est vraisemblablement pas gagné. En fait, à la fin de son mandat, un dictionnaire relatant les contradictions sarkozyennes risque d’être envisageable, avec à la lettre « i » l’intervention étatique qu’il n’hésite pas à associer aux lois du marché, et à la lettre « v » la volonté individuelle qu’il prône malgré le déterminisme génétique auquel il croit dur comme fer. Justement, c’est peut-être cette certitude qui meut les réformes judiciaires auxquelles on a droit ces derniers temps.
Revenons au sujet qui m’intéresse le plus, et c’est là qu’interviennent les lobbyistes, la politique étrangère. Le lobby sioniste en France (parce qu’ils sont sionistes avant tout à les entendre) semble avoir des objectifs clairs : il méprise la souveraineté des Etats, y compris celle de la France, et s’attelle à défendre tous les soumis du monde en s’attaquant à ceux qui tiennent tête, tout cela dans le cadre d’une défense inconditionnelle des intérêts d’un Etat gâté par la diplomatie, l’Etat d’Israël. Avant de développer tout cela il faut bien insister sur la complaisance des médias, ainsi que sur la nécessité d’avoir un certain recul pour rendre compte de la gravité de la situation.
De l’islamophobie à la judéophilie :
Les partisans du « droit d’ingérence » (droit au délit ?) justifient l’impunité dont jouit Israël par un bouc émissaire. Ils auraient sans doute préféré que ce soit la Syrie ou l’Iran, cela viendra peut-être, mais il se trouve que c’est le Soudan qui s’est offert à eux sur un plateau d’argent. Un conflit qui devient soudainement médiatisé. Depuis le début de cette médiatisation soudaine, ils n’ont cessé de laisser planer le doute quant à la nature de la victime, ainsi que celle du coupable. Soyons clairs : il ne s’agit pas d’un régime islamiste qui veut à tous prix venir à bout d’une minorité chrétienne, il ne s’agit pas non plus d’un régime sunnite qui s’attaque à des chiites, il ne s’agit d’ailleurs pas du tout d’un conflit entre Khartoum et les Darfouris. Comme le chaos n’intéresse personne, on commence à parler d’élites arabes s’acharnant sur des populations qui ne le sont pas. L’Etat « islamiste » et « arabe » contre le Darfour. L’image rêvée. Dans ce cas, et je me fie à R. Brauman, pourquoi les victimes trouvent-elles refuge auprès des bases de l’armée ? Et pourquoi cette situation ne se reflète-t-elle pas dans la capitale ? La haine de l’arabe ne peut avoir raison de la réalité !
Comme si cela ne suffisait pas, on a préféré s’attaquer à l’islam de façon générale. Les mêmes ont, prenant la France pour une véritable poubelle, invité une Somalienne qui a menti pour être accueillie aux Pays-Bas avant de se transformer en propagandiste salariée des néo-conservateurs américains. Je parle d’une certaine Hirsi Ali, frustrée islamophobe, que toute la classe politique française soutient dans la perspective d’obtenir carrément la nationalité française. Les médias avalent.
Tout étant au service d’Israël, après les attaques, les signaux. Il faut bien comprendre que les sionistes, de Gainsbourg et sa Marseillaise débile à Lévy et Kouchner, ont un profond mépris pour l’Etat. Il y a Israël et le reste du monde. On les revoit, en 1967, manifester pour la défense de cet Etat, tandis que tout est permis ailleurs. Rappelons que la guerre de 1967 se conclut justement par une occupation de la part d’Israël.
C’est donc cette impunité qui les pousse à promouvoir, dans un élan anti-serbe (je rappelle au passage que, d’après N. Chomsky, l’intervention clintonienne s’explique davantage par le refus de Milosevic d’appliquer un plan du FMI que par la volonté d’aider des Kosovars qui n’intéressent personne), la création d’un Etat kosovar dont les seules bases résident dans le soutien américain et la mafia albanaise. Donc sans se soucier des 180,000 Serbes forcés de quitter la région, des Serbes menacés et isolés au Kosovo et des églises (pleines contrairement à l’ambassade américaine récemment touchée) prises pour cibles, on a privilégié la stupide idée d’Etat ethnique. Là encore, aucun esprit critique des médias.
Outre cette promotion de l’Etat ethnique, le deuxième signal réside dans le scandale du salon du livre à Paris. Ainsi, même si les médias ont voulu faire croire qu’on avait invité des écrivains israéliens partisans de la paix, c’est bien de l’Etat d’Israël, qui fête cette année le 60e anniversaire du plus grand hold-up du XXe siècle, qu’il s’agit. Et même si les médias ont insisté sur le caractère arabo-musulman des boycotteurs, les premiers sont israéliens. Je dis deuxième signal tout simplement parce que, en plus de l’Etat terroriste, c’est l’hébreu qui est à l’honneur. C’est donc des écrivains au service du régime, et dont l’expression littéraire est exclusivement hébraïque, qui sont à l’honneur.
Enfin, à l’ethnie et à la langue s’ajoute la religion. Bush, Olmert et Sarkozy semblent d’accord pour l’instauration demain d’un Etat musulman à côté d’un Etat juif. Pour résumer, ces derniers mois furent l’occasion pour les lobbies sionistes et pour certaines puissances de préparer le monde à une véritable épuration ethnique en Palestine, en plus des massacres déjà perpétrés. Ceci se fait notamment dans le cadre de la conférence d’Annapolis, sur laquelle je ne reviendrai pas, qui est aussi un bon moyen pour contourner le droit international, notamment la résolution 242 de l’ONU votée après l’occupation de territoires voisins en 1967, sachant que des territoires syriens et palestiniens demeurent occupés.
Du mépris pour soi :
Les événements de ces derniers mois, en plus d’illustrer un mépris indéniable pour le Sud, se sont accompagnés par un mépris incommensurable de certains pour eux-mêmes. Cela me rappelle un très beau texte de Baudrillard où il est question d’un mépris envers eux-mêmes qui pousse certains à dire à l’Occident ce qu’il attend d’eux. Cela va des Maghrébins qui préfèrent parler de la laïcité plutôt que de la dignité à laquelle ils ont a priori droit, aux Libanais qui condamnent le Hezbollah, en passant par les Russes et les Chinois qui insultent leurs régimes respectifs. Tous ceux-là confirment la thèse selon laquelle il y aurait deux types de peuples : les hommes et les citoyens. Les premiers escomptant l’aide des seconds. Cette idée intolérable promue par les lobbies sionistes a une conséquence directe : on parle des « droits de l’homme» en Afrique et personne n’a le droit de s’attaquer aux citoyens responsables d’Israël. Pour ce qui est de la conséquence indirecte, il suffit d’allumer la télévision : des moines tibétains offrent à l’Occident le spectacle rêvé en pleurant devant des caméras européennes pour que le continent des « droits de l’homme » leur vienne en aide. Ils ignorent que c’est surtout celui des droits du « citoyen », et que s’il faut boycotter la Chine pour ce qu’elle fait chez elle, il faudra boycotter les Etats-Unis pour ce qu’ils font très loin de chez eux. La citoyenneté c’est la souveraineté !
C’est pour cela qu’il faudra se battre pour que le seul peuple qui n’a pas droit à cette souveraineté et à cette citoyenneté puisse les acquérir. Je dis cela parce que les Palestiniens – et c’est évidemment d’eux qu’il s’agit – souffrent d’un double mépris : chez eux et ici. Pendant qu’ils sont bombardés, pendant que des populations entières subissent le harcèlement de jeunes soldats armés mais pas braves, on demande des comptes à ceux qui les défendent. J’ai en tête l’histoire d’un haut fonctionnaire limogé pour avoir été partial – M. Guigue. A-t-on demandé des comptes à M. Klarsfeld, carrément officier israélien, et à M. Goasguen qui traitait, il n’y a pas si longtemps, de sauvages les Palestiniens, au nom des 111 députés du groupe d’amitié France-Israël (cela va de l’UMP Goasguen aux socialistes Dray et Ayrault) ? Mieux vaut donc être un pro-israélien raciste qu’un analyste sérieux qui ne fait qu’énumérer des vérités.
Dans ces conditions, comment éviter l’analogie avec le nazisme ? Et c’est au nom de cette analogie que je conclus par deux points : le silence des médias et la sympathie de l’Etat français pour la puissance dominante ne peuvent que rappeler cette période.
"Ça commence comme un roman de Kafka. Un matin, sans que vous n’ayez jamais rien fait, on tape à votre porte. C’est un type qui affirme avoir habité dans votre appartement à l’époque où l’immeuble n’était même pas construit. Il vous explique que le propriétaire le lui avait promis, et que la mairie lui a donné l’autorisation d’y « retourner ». Vous lui dites qu’il n’en est pas question, mais il s’est déjà installé dans la chambre d’amis. Le lendemain, vous appelez votre voisin de palier pour qu’il vous aide à l’expulser, mais votre « hôte », qui s’est servi dans le Frigidaire et a mis les pieds sous la table, se défend. Bientôt, ses cousins, neveux, oncles et tantes arrivent à leur tour en occupant toutes les chambres. Votre femme et vos enfants sont obligés de quitter l’appartement et de se réfugier plus loin dans le quartier. Mal à l’aise à cause de tous les voisins qui vous soutiennent (même si l’un d’eux en a profité pour vous piquer votre garage), votre hôte, grâce à la concierge qui lui est tout acquise, s’empare de tout le reste de l’immeuble, de la cave au grenier, afin de se sentir davantage en sécurité. Comme vous vous fâchez, votre hôte, qui est plus fort que vous, vous enferme dans les WC, sans vous donner à manger et sans jamais vous laisser sortir. Il vous hurle à travers la porte que le Syndic est d’accord. Au bout d’un moment, vous êtes tellement en colère que vous mettez le feu aux toilettes. Les pompiers viennent éteindre l’incendie qui a ravagé une partie de l’appartement et où des membres de la famille de votre hôte ont péri aussi. Quand les pompiers sortent sur une civière votre corps carbonisé, votre hôte crache dessus en vous traitant de « terroriste »."
Un excellent article de T. Meyssan.
Source: Réseau Voltaire.
Publié par: Adlene Mohammedi.
Nicolas Sarkozy a présenté aux responsables et aux invités du CRIF la nouvelle politique israélienne de la France. L’année 2008, qui est celle du 60e anniversaire de la création unilatérale de l’État d’Israël, sera aussi celle d’un rapprochement spectaculaire entre Paris et Tel-Aviv en complète opposition avec la politique traditionnelle de la Ve République, observe Thierry Meyssan. L’importance du propos a échappé aux éditorialistes français, mais pas aux chancelleries étrangères qui s’interrogent sur les fondements idéologiques et les conséquences d’un tel bouleversement.
Nicolas Sarkozy était le 13 févier 2008 l’invité d’honneur du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). À cette occasion, il a prononcé un discours particulièrement important précisant sa conception du rôle des religions et fixant les grandes lignes de la nouvelle politique israélienne de la France.
Le contenu central de cette intervention a été éclipsé par une polémique sur sa lubie du jour. En effet, en conclusion de son allocution, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il avait solitairement décidé d’associer chaque enfant de CM2 à la mémoire d’un enfant français victime des nazis. Laissons de côté cette conception autocratique de l’exercice du pouvoir et cette volonté d’embrigadement des enfants de dix ans, même si elles sont révélatrices du tournant brutalement anti-démocratique du fonctionnement des institutions françaises, et revenons-en au dîner du CRIF et au fond du propos du président de la République.
Contrairement à son intitulé, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) n’est pas —ou plutôt n’est plus— représentatif de tous les juifs de France. Si, à l’époque où il était présidé par l’avocat Théo Klein, il apportait un soutien critique à l’État d’Israël, il s’est aujourd’hui transformé en simple courroie de transmission du mouvement sioniste. Désormais, il lutte contre la République française, accusant d’« assimilationnisme » les juifs républicains héritiers de la Révolution et de l’abbé Grégoire. Il agit comme un lobby à l’américaine et entretient d’ailleurs des liens étroits avec l’AIPAC et l’AJC aux États-Unis. De 2001 à 2006, il était présidé par le banquier Roger Cukierman, secrétaire général de la financière Rothschild, qui en a considérablement durci ses positions. Il est aujourd’hui présidé par le cardiologue Richard Prasquier, également lié à la dynastie Rothschild.
Le dîner annuel du CRIF s’est progressivement imposé comme un événement mondain parisien. S’y montrer, c’est manifester son soutien à Israël et laisser entendre que l’on bénéficie soi-même de l’appui de ce lobby. Compte tenu de l’influence supposée de cette organisation, tout ce qui compte d’opportunistes en politique fait donc des pieds et des mains pour y être invité, quitte à payer chèrement sa place, car cette soirée de gala n’est pas gratuite.
Si des parlementaires et des membres du gouvernement s’y bousculent, le président de la République ne s’y rend jamais car sa fonction lui interdit d’apporter un soutien ostensible à quelque groupe de pression que ce soit. François Mitterrand a cependant dérogé une fois à cette règle (en 1991) pour des motifs électoralistes qui ne sont pas à son honneur. Nicolas Sarkozy, quant à lui, revendique au contraire d’user et d’abuser de sa fonction de président de la République pour favoriser ses amis. Ayant déjà honoré de sa présence les réunions de divers lobbys, il pouvait bien participer à celle du CRIF.
C’est donc devant un millier d’invités acquis au sionisme, ou feignant de l’être, dont la quasi-totalité de son gouvernement, que Nicolas Sarkozy a défini la nouvelle politique israélienne de la France. L’événement était retransmis en direct sur la chaîne parlementaire et sur la chaine d’opinion Guysen TV. En effet, en vertu du principe du deux poids deux mesures, alors qu’Al-Manar a été interdite en France par crainte de voir importer dans le pays les conflits du Proche-Orient, Guysen TV —qui a les mêmes caractéristiques, mais au service de l’occupation israélienne— a par contre été autorisée.
Pour comprendre l’enjeu de ce qui va suivre, un bref retour en arrière est nécessaire.
Historiquement, la France s’est appuyée sur la population juive d’Afrique du Nord pour contrôler la population musulmane d’Algérie (décret Crémieux de 1870), puis sur la colonie juive israélienne pour lutter contre la souveraineté de l’Égypte indépendante sur le canal de Suez et contre les réseaux internationaux du FLN algérien. Mais lorsqu’en 1961, privilégiant ses principes sur ses intérêts, la France rompit avec la colonisation, elle prit ses distances avec Israël.
Ce que Charles De Gaulle résumait dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967 en déclarant : « une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient la même politique d’amitié, de coopération, qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être, aujourd’hui, une des bases fondamentales de notre action extérieure (…) À la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître en effet un État d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir. Ensuite, l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de nouveaux éléments, donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu’il serait porté, pour l’agrandir, à utiliser toute occasion qui se présenterait. C’est pourquoi, d’ailleurs, la Ve République s’était dégagée vis-à-vis d’Israël des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noués avec cet État et s’était appliqué, au contraire, à favoriser la détente dans le Moyen-Orient ». Plus encore, lors de la même conférence, il exprimait l’inquiétude que « les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles ».
De 1961 à 2007, la France de De Gaulle, de Pompidou, de Giscard d’Estaing, de Mitterrand et de Chirac se pensa tant bien que mal en champion de l’indépendance et de la souveraineté des États ; une idée qui culmina avec son opposition à la colonisation de l’Irak. Cette œuvre grandiose permit à la France d’acquérir un prestige et d’exercer une influence bien supérieure à sa puissance économique et militaire.
Nicolas Sarkozy, quant à lui, opère une rupture avec ses cinq prédécesseurs. Il imagine restaurer le parti colonial, non plus dans une rivalité entre Français et Anglo-Saxons, mais au sein d’un empire transatlantique en formation, où la classe dirigeante commune aux États-Unis et à l’Union européenne ambitionne d’exercer collectivement une domination globale.
Dans cette perspective, l’année 2008, qui correspond au 60e anniversaire de la proclamation unilatérale d’indépendance de l’État d’Israël, devrait être celle d’un rapprochement spectaculaire entre Paris et Tel-Aviv. Qu’on en juge par le programme :
-> 13 février : participation du président de la République française au dîner du CRIF ;
-> 10 au 14 mars : première visite d’État d’un chef d’État étranger en France depuis l’élection de Nicolas Sarkozy consacrée à la réception du président d’Israël, Shimon Peres ;
-> 23 au 27 mars : Salon du livre de Paris avec l’État d’Israël comme invité d’honneur et la réception de 89 écrivains israéliens exclusivement de langue hébraïque (aucun russophone, ni arabophone) ;
-> Mai : voyage de Nicolas Sarkozy en Israël avec dépôt de gerbe au Mémorial Yad Vashem et discours devant la Knesset ;
-> 1er juillet : à l’occasion de la prise par la France de la présidence semestrielle tournante de l’Union européenne, relance des divers programmes de coopération euro-israéliens.
-> 13 juillet : sommet préparatoire de l’Union méditerranéenne, sorte de Cheval de Troie permettant de contourner le Processus de Barcelone pour faire entrer Israël dans l’Union européenne.
-> 14 juillet : invitation des Forces armées israéliennes et de la Garde présidentielle palestinienne à défiler lors de la fête nationale française (Pour la première fois depuis 1945, une armée d’occupation et une milice collaborationniste défileront sur les Champs-Élysées).
Ceci étant posé, le président de la République a longuement expliqué aux responsables et invités du CRIF la position de la France face au conflit israélo-arabe. Elle repose avant tout sur un principe : « La France ne transigera jamais sur la sécurité d’Israël », lequel n’empêche évidemment pas de dialoguer et de faire des affaires avec les États arabes. Il fixe toutefois une limite : « Moi, je ne rencontrerai pas et je ne serrerai pas la main à des gens qui refusent de reconnaître l’existence d’Israël » (une limite qui vise des partis politiques comme le Hamas et le Hezbollah et des États comme la Syrie et l’Iran, mais qu’il a oubliée lors de la libération des infirmières bulgares et de la visite en France du président Kadhafi).
Là n’est pas le plus important. Le président de la République a surtout affirmé que, dans la foulée de la Conférence d’Annapolis, la France soutient désormais « la solution à deux États », c’est-à-dire qu’elle renonce à l’application du plan de partage de la Palestine de 1948 et à la création d’un État binational ; une option qui est discutée depuis l’Accord d’Oslo mais qui laissait jusqu’à présent ouverte la définition de ce que serait un État palestinien.
Cette position n’a pas été adoptée à la demande des deux parties concernées, mais « dans l’intérêt même d’Israël, pour sa sécurité et sa pérennité ». Elle a été approuvée par le président de l’Autorité palestinienne, mais rejetée par le Hamas. Aussi, peut-on parler à propos de cette évolution d’un « tournant historique que nous devons au courage du président Mahmoud Abbas et du Premier ministre Ehud Olmert » (le lecteur du site Internet de la présidence française, remarquera que, dans la transcription de ce discours, les noms patronymiques sont tous écris en capitales, sauf celui du président Abbas qui est en minuscules. On a les symboles que l’on peut).
Dans cette perspective, la France attend d’Israël « la levée de barrages, la réouverture de points de passage à Gaza pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, la libération en plus grand nombre de prisonniers, la réouverture des institutions palestiniennes à Jérusalem-Est. [De plus] les Palestiniens doivent pouvoir disposer de leur territoire et le mettre en valeur ».
Autant de mesures qui sont présentées par le président Sarkozy comme des exigences que la France impartiale énonce avec fermeté. « Je le dis parce que je le pense et je n’ai que faire de ces discours d’amitié qui ne disent jamais ce qu’ils pensent (…) Il y a déjà eu assez de souffrance et c’est maintenant qu’il faut trouver un accord et j’irai d’ailleurs le dire auprès de l’autorité Palestinienne au mois de mai et je le dirai à la Knesset. Un ami, c’est quelqu’un qui vous dit ce qu’il pense ».
En réalité ces « exigences » sont des cadeaux faits à Israël, car elles sont très en-deça des résolutions pertinentes de l’ONU. Il n’est aucunement question de restitution des territoires conquis, ni de retour des réfugiés. Ces pseudo-exigences se bornent à quelques aménagements de l’occupation, tel que l’État d’Israël lui-même en prend régulièrement l’initiative.
De manière toute diplomatique, le parti pris est d’ailleurs énoncé par défaut : « La France, n’interfèrera pas dans les négociations en cours, mais la France apportera tout l’appui nécessaire pour encourager l’ensemble des parties à avancer car il s’agit d’une occasion exceptionnelle. Et la France sera au côté du peuple israélien et sera au côté des Palestiniens pour les aider à construire ensemble un avenir de réconciliation ». Notez : pour résoudre le conflit de territoire, le président français parle d’un « peuple israélien » qu’il oppose aux « Palestiniens » —qui, eux, ne forment pas un peuple—, reprenant implicitement à son compte le slogan de Zeev Jabotinsky de la « terre sans peuple pour un peuple sans terre ».
Il existe toutefois une condition à laquelle les Palestiniens pourraient former un peuple. Elle a été énoncée à la veille de la Conférence d’Annapolis par le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak : il faudrait que l’Autorité palestinienne reconnaisse qu’« Israël est la patrie du peuple juif et l’État palestinien la patrie du peuple palestinien ». Une formule qui bouleverse la donne puisqu’elle autorise le nettoyage ethnique de la région : les citoyens israéliens non-juifs se verraient déchus de leur nationalité et naturalisés palestiniens.
Cette surenchère israélienne avait été écartée à Annapolis, mais avait finalement été approuvée par George W. Bush, le 10 janvier 2008, lorsqu’il déclara : « L’accord doit établir la Palestine comme patrie du peuple palestinien, de même qu’Israël est la terre du peuple juif ».
La France s’y rallie à son tour : « J’ai proposé un nouveau concept qui est celui de deux États-Nations et pas simplement de deux États, ce qui résoudrait le problème des réfugiés, parce que je sais parfaitement qu’il y a deux façons de détruire Israël, l’une de l’extérieur et l’une de l’intérieur ». Traduction : la France substitue au projet d’État unique binational dans lequel chaque citoyen serait libre et égal, un projet de deux États ethniquement homogènes car la poussée démographique des citoyens israéliens non-juifs ferait perdre à terme à Israël son caractère d’État juif.
Une autre conséquence de cette position avait déjà été annoncée par le président Sarkozy lors de la Conférence internationale des donateurs pour l’État palestinien, le 17 décembre 2007. Il avait évoqué, dans son discours d’ouverture « un État palestinien indépendant et démocratique, dans lequel les Palestiniens, où qu’ils se trouvent, se reconnaîtront ». Ainsi, les millions de Palestiniens actuellement déplacés dans la région passeraient du statut d’apatrides à celui d’émigrés car ils seraient juridiquement rattachés à un État palestinien souverain. Ce faisant, ils perdraient tout droit sur les terres et les biens qu’ils ont été contraints d’abandonner en Israël.
Hind Khoury, déléguée générale de la Palestine, présente à cette soirée n’a pas fait de commentaires.
Il serait tentant d’expliquer la rupture prônée par Nicolas Sarkozy en fonction de sa personnalité. En conflit avec son père, auquel il a intenté un procès, il voudrait « tuer le père » en détruisant l’œuvre de ses prédécesseurs. Ou encore, il se comporterait comme un zélote depuis la découverte tardive, à l’adolescence, de son origine juive. Mais la politique d’un État de cette dimension ne peut être réduite à la psychologie d’un seul homme. La restauration du parti colonial s’accompagne d’ailleurs de nominations et de réformes structurelles qui laissent entrevoir la profondeur du changement.
Nicolas Sarkozy a choisi comme ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, l’homme qui publicisa le principe d’« ingérence humanitaire ». Or, loin d’être une idée neuve, l’ingérence humanitaire est un argument inventé par la Couronne britannique au XIXe siècle pour coloniser les territoires de l’Empire ottoman. En 1999, cet argument fut utilisé par les Anglo-Saxons pour bombarder le Kosovo… dont Bernard Kouchner devint gouverneur, et qui vient d’être placé sous administration de l’Union européenne à l’occasion de sa pseudo-indépendance.
Par ailleurs, Nicolas Sarkozy a créé un secrétariat d’État aux Droits de l’homme rattaché au ministère des Affaires étrangères. Ce faisant, la France a officiellement rompu avec la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 pour adopter l’idéologie des Droits de l’homme (tout court) dans sa version anglo-saxonne de « bonne gouvernance ». Il ne s’agit plus de promouvoir la souveraineté populaire, mais uniquement de lutter contre les excès de pouvoir. L’opposition entre les deux définitions des Droits de l’homme est connue depuis longtemps et a été théorisée au XVIIIe siècle par Thomas Paine, l’essayiste britannique qui déclencha la guerre d’indépendance des États-Unis avant de devenir député à la Convention française.
Au demeurant, ce secrétariat aux Droits de l’homme a deux activités principales. La première consiste à populariser la guerre des civilisations, par exemple en mettant en scène la biographie imaginaire de l’ex-députée néerlandaise Ayaan Hirsi Ali, une employée des néoconservateurs états-uniens (elle est salariée de l’AEI de Richard Perle et Paul Wolfowitz). La seconde activité, de loin la plus importante, est de préparer le sabotage de la conférence de suivi des Nations Unies contre le racisme et la xénophobie (Durban II). La secrétaire d’État, Rama Yade, veille à ce que cette conférence n’examine pas la question du sionisme et ne requalifie pas cette idéologie coloniale de « racisme ». Au besoin, elle coordonne un possible boycott de la conférence par les États membres de l’Union européenne et les États-Unis.
En politique étrangère, la rupture sarkozyenne est donc beaucoup plus vaste qu’on ne le perçoit. Elle remet en cause les idéaux de la Révolution française. Il n’est pas sûr que les Français l’acceptent car il est des ruptures qui sont des trahisons.
Thierry Meyssan
Journaliste et écrivain, président du Réseau Voltaire.
Le droit n'a jamais rien résolu pour le peuple palestinien. Aujourd'hui, une solution est envisageable: la guerre. Et la seule manière de mener une guerre face à un ennemi aussi fort et soutenu, c'est la barbarie. Seul un renouveau du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) peut sauver la Palestine: un mouvement laïc et sans limites.
Compter sur la communauté internationale c'est désormais ridicule et naïf. Les résolutions de l'ONU n'ont abouti à rien. Les négociations n'ont abouti à rien non plus, si ce n'est à penser des institutions sans territoires viables.
Il faut bien se mettre dans la tête que la situation dans laquelle nous sommes n'a rien de différent de celle que l'Europe a connue il y a quelques décennies: il y avait les nazis, il y a les neocons (le "patriot act" américain n'a rien à envier à tout ce que Goebbels et les siens ont pu faire); il y avait les collabos, il y a les "amis" (Sarko et compagnie); il y avait l'étoile jaune, il y a le croissant jaune... et quelle réaction? L'indifférence!
Dans une situation particulière il faut une réponse particulière, tout comme celle de Jean Moulin: de l'extrême gauche à l'extrême droite, il faut se rassembler pour combattre ce tragique ordre établi. Georges Habache, fondateur du FPLP, nous a quittés en Jordanie dont il fut l'ennemi juré. La question qui se pose désormais est simple: y a-t-il encore de la place pour une lutte sans merci? Une lutte qui rassemblerait toutes les tendances, mais avec une seule fin: la terre et la liberté.
Quatre auteurs. Quatres périodes. Quatre manières d'appréhender le mal.
Lorsqu’on tient entre ses mains "Le Prince" de Machiavel, on perd toute notion du bien et du mal. On oublie même la différence entre le vrai et le faux. Tout ce qui reste, c’est le bon pour soi. A part Machiavel, seul Nietzsche procure cette sensation. C’est le mal décomplexé, celui qui n’est pas dangereux dans la mesure où il est refoulé, enfoui. Il l’est peut-être lorsqu’il s’érige en valeur politique, lorsqu’il régit la cité, et donc les hommes. En réalité, qualifier de dangereuse l’une des œuvres les plus importantes en philosophie politique serait aussi impertinent qu’injustifié. Voilà pourquoi il serait préférable de nuancer le propos et d’aller au fond des choses.
Contrairement au marquis de Sade plus tard, chez Machiavel, le mal est constructif. Certes, dans les deux cas il est l’expression effrénée des instincts humains, mais dans le second, le sort de la cité en dépend. C’est toute la question: le mal est partout, mais qu’est-ce qu’on en fait? C’est cela qui fait du mal machiavélien un mal différent des autres, et c’est cela aussi qui distinguera le mal des communistes de celui des nazis.
On veut bien gérer la cité, mais on oublie que c’est le mal qui a permis sa construction. "Le Prince" pousse à cette conclusion: ce qu’il y a à l’origine des cités n’est jamais très joyeux, il s’agit le plus souvent de beaucoup de sang. Si, au lieu de vouloir à tout prix proscrire le mal, on en faisait quelque chose de bien, alors on pourrait l’apprivoiser.
Si Machiavel combat l’Eglise, ce n’est pas parce qu’il la voit comme un obstacle direct au bon fonctionnement de la cité, mais parce que le christianisme veut priver l’homme de ce qui fait de lui un homme. Il remet en cause son équilibre avec la cité. Il l’empêche d’exprimer son instinct, sachant que celui-ci fait, paradoxalement, régner l’ordre tant menacé par l’adoucissement inhérent à l’Eglise. En clair, pour Machiavel, un instinct menacé c’est une cité en danger.
Nietzsche reprochait aux Stoïciens de vouloir vivre en adéquation avec un élément aussi cruel que la nature, et Machiavel est là pour nous rappeler que le mal est nécessaire dans la mesure où l’ordre naturel suffit. Se résigner, et promouvoir le mal, c’est accepter tel quel le monde sublunaire aristotélicien. Malgré cette apologie du mal, dans quelle mesure pourrait-on parler de démocratie machiavélienne? En fait, tout simplement dans le mépris que Machiavel a pour les grands, ignorant leurs efforts pour prétendre à la vertu, par opposition au peuple lui-même, chez qui il décèle une innocence qu’il décrit comme la forme mutilée du bien.
Si Machiavel voit le mal partout, sauf dans le refus du peuple d’être opprimé, ce n’est pas le cas de Hobbes. Certes, «l’homme est un loup pour l’homme», mais l’homme peut aussi être un Dieu pour l’homme. C’est la leçon du "Léviathan". En effet, alors qu’on a du mal à imaginer une quelconque institution chez Machiavel avec tout le mal qui foisonne partout, chez Hobbes, c’est justement celle-ci que le peuple -dans son ensemble- vise afin que puissent être satisfaits les besoins de tous et de chacun -la sécurité, la paix.
Y a-t-il quoi que ce soit de religieux dans la critique de la nature humaine chez Hobbes? En fait, si Machiavel et Hobbes s’opposent sur le statut de la nature, ils s’accordent sur celui de la religion. Beaucoup ont succombé à la tentation de le comparer à Pascal par exemple («Chaque moi est l’ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres.»), mais la comparaison trahit sa pensée. En réalité, dans une situation où l’on est perpétuellement en danger, les actes sont toujours couverts par la légitime défense. Même l’attaque peut être considérée comme préventive. C’est donc l’autre qui pousse chacun à mal agir, et non le péché originel.
De ce mal absolu qui n’a rien de moral, va naître une nouvelle définition du bien politique. Il s’agit de la nécessité qui pousse les hommes dans l’état de nature (là où «l’homme est un loup pour l’homme») à utiliser la conscience commune qui nomme le mal à définir le bien. Mais pourquoi feraient-ils cela? Parce que l’état de «guerre de tous contre tous» est insupportable pour chacun, dont la vie ne peut être que misérable et solitaire.
Le mal que Machiavel préconise pour gérer au mieux la cité, Hobbes l’utilise pour aller vers le bien, pour échapper à l’état de nature, à la guerre. Cette guerre est si atroce que l'humanité risque même de disparaître. A ceux qui penseraient que cette vision de l'humanité est pessimiste, Hobbes rétorque que même à l'état social où pourtant existent des lois, une police, des juges, néanmoins nous fermons à clef nos coffres et nos maisons de peur d'être détroussés. Le mal survit donc quoi qu’il en soit, il est simplement question d’institutions destinées à permettre à l’homme de survivre.
Mais qui pour assurer la paix civile? Le Léviathan! Un «homme artificiel» ou «Dieu mortel» (souverain individuel ou collectif) dont le pouvoir est illimité, puisque le droit qui lui a été transmis par chacun est illimité. Ce droit illimité, alors que tout le monde l’avait dans l’état de nature, le Léviathan est le seul à le détenir désormais. Celui-ci est le résultat d’un contrat: ce qui va permettre de passer de la nature à la société, de la guerre à la paix. C'est un contrat passé entre les sujets et un souverain.
On a souvent tendance à opposer Rousseau à Hobbes. Rousseau lui-même n’a pas manqué de critiquer ce dernier. En réalité, ils partagent l’idée de départ: l’individu. Celui-ci «naît bon et c’est la société qui le corrompt» écrivait-il dans sa correspondance avec Malesherbes. Le mal est donc ailleurs. Quel que soit le régime, la société est mauvaise car elle conduit inévitablement à l’inégalité. Malgré la volonté de partir de l’individu, comme l’a fait Hobbes, il n’est pas question de succomber à la tentation de l’absolutisme. Cette tentation est liée à la contradiction entre la volonté de l’individu et la représentation (constat partagé).
Ce qu’ils partagent aussi, c’est le rejet du christianisme. Si Rousseau juge le despotisme de Hobbes «horrible et faux», il concède que Hobbes, de tous les auteurs chrétiens, est le seul «qui ait bien vu le mal et le remède, qui ait osé proposer de réunir les deux têtes de l’aigle, de tout ramener à l’unité politique, sans laquelle jamais Etat ni gouvernement ne sera bien constitué.» Il oppose aux religions positives sa religion naturelle qu'il considère comme indépendante de toute tradition. Il est convaincu que si l'on était resté fidèle à la voix du cœur, on n'aurait 'pas eu d'autres religions que cette seule religion. Mais il avait la conviction qu'il y avait place dans sa religion pour l'essence véritable du christianisme.
Alors que Hobbes voyait dans le prestige des cités antiques l’une des causes -avec la religion- de la guerre civile en Angleterre, Rousseau voyait dans celui-ci la preuve -il prend pour ce faire les exemples spartiate et romain- que le sens du bien commun sans despotisme était une chose possible. Et, outre l’absolutisme, ce qu’il reprochait à Hobbes, c’est l’individualisme qui prédomine chez le Léviathan. Mais, dans ce cas, comment partir de l’individu sans succomber ni à l’individualisme ni à l’absolutisme?
La bonne société ne saurait être que celle qui est conforme à la nature de l'homme. Il faut donc découvrir quelle est la vraie nature de l'homme. C'est la grande enquête du "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité". L'homme naturel n'a plus rien de sociable ni plus rien de proprement humain. Non seulement notre société, mais toute société, même la meilleure, est contraire à la nature de l'homme. La société est corrompue et l'homme est malheureux quand l'individu est divisé: l'homme de la nature est heureux et bon parce qu'il est un, qu'il se suffit à lui-même. La "bonne politie" c'est parvenir à identifier chaque individu au nouveau tout dont il va faire partie, identifier chaque individu à elle-même. L'individu sera un parce qu'il ne fera qu'un avec le corps politique. D'où la volonté générale, qui donne l'existence en même temps que la légitimité au nouvel individu artificiel auquel tous les individus naturels s'identifient.
Nous venons de voir trois cas de figure où le mal est inhérent à la chose politique dans trois contextes différents: la mal partout dans une Europe dominée par l’impératif religieux (Machiavel); le mal chez l’individu dans une Angleterre confrontée à la guerre civile, celle «de tous contre tous» (Hobbes); le mal chez la société dans une Europe menacée aussi bien par le despotisme de l’Etat que celui de l’opinion (Rousseau). Qu’en est-il de notre époque?
Jean Baudrillard distingue au moins deux versions du Mal. «Il y a le Mal relatif, le Mal tel qu’on l’entend généralement. Ce Mal-là n’existe que dans sa balance avec le Bien, à la fois en équilibre et en permanente opposition avec le Bien. Mais il y a désormais, aussi, un Mal absolu, une version dépressive ou catastrophique de ce Mal relatif. Là, il n’y a plus ni partage ni antagonisme entre le Bien et le Mal. Ce Mal absolu naît de l’excès de Bien, d’une prolifération sans frein du Bien, du développement technologique, d’un progrès infini, d’une morale totalitaire, d’une volonté radicale et sans opposition de bien faire. Ce Bien se retourne dès lors en son contraire, le Mal absolu.»
«C'est un Mal que la société a généralisé, qu'elle a absolutisé. Le concept clé est celui de "l'axe du Mal". On l'a découvert comme axe, c'est-à-dire comme une espèce de conjuration maléfique, pas seulement morale cette fois. Peut-être même une obscure conscience du destin malheureux de cette entreprise du Bien. Il y a là une forme d’exorcisme, avec un pressentiment que le Bien est voué à un destin néfaste, mais aussi, au-delà de cette projection inconsciente, automatique et compulsive, une espèce de stratégie consistant à projeter partout le Mal. Pour y trouver évidemment l'alibi parfait à l'exercice du Bien.»
Une pensée particulière pour ceux qui se battent pour ce qui semble aller de soi sous d'autres cieux. Musulmans et chrétiens combattent l'ennemi sioniste pour la terre et la liberté. Joyeux noël et bonnes fêtes à eux.