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"Les citoyens sont si souvent sondés qu'ils en ont perdu toute opinion." Jean Baudrillard
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23.04.2007
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Pauvre pays.

Pauvre pays.

Posté le 20.08.2007 par Adlene Mohammedi.
Un été à Alger:

Parler de l’Algérie aujourd’hui revient à définir, ou mieux, à illustrer le concept du peuple mal gouverné. Si d’un point de vue sociologique j’ai tendance à évoquer une frustration pathétique susceptible d’engendrer une décadence tragique, sur le plan politique il ne peut être question que de carence, contrastant avec l’abondance économique.

En effet, comment pardonner à un ministre de l’environnement -aussi ministre du tourisme, de la ville et de l’aménagement du territoire- qui collectionne les Jeep? Avec ses airs d’intellectuel, le président de la fondation "Déserts du monde" nous ferait presque oublier qu’il est un peu responsable de la présence d’une digue d’égouts en plein milieu d’une plage qui fait face à un hôtel à vocation touristique.

Comment pardonner à une chaîne de télévision qui consacre la moitié de son journal aux bêtises proférées par un président aussi capable qu’un singe au standard (il peut prendre le combiné, mais pas répondre au téléphone), quand il ne s’agit pas d’ouvrir le journal avec un premier ministre (aussi inquiétant qu’un taliban) qui distribue des prix à des fillettes qui ont appris le coran par cœur?

Comment pardonner à un président de la république qui se fait soigner en France et qui se permet le luxe de vouloir pour Alger la plus grande mosquée et le plus grand centre commercial d’Afrique? Comment pardonner à un président qui donne des leçons d’urbanisme et d'architecture à la télévision (« Je ne veux plus de F2! » hurlait-il) pendant que ses ministres débattent -en vain- du prix de la pomme de terre, inaugurent une cabine téléphonique dans une prison, ou envoient des lettres pour demander des comptes aux électeurs qui ont osé s'abstenir aux dernières législatives.

Comment pardonner à une ministre de la culture qui exclut le peuple d’évènements aussi importants qu’"Alger, capitale de la culture arabe 2007", ou encore le "Festival international du film arabe" à Oran? Comment pardonner à une ministre qui trouve le temps d’exiger telle ou telle peinture, telle ou telle céramique, quand la majorité de la population se barricade chez elle le week-end, avec TF1 pour seul repère culturel?

Comment pardonner à un état qui a fait des Jeux Africains le seul évènement sportif majeur, à ma connaissance, dont la promotion s'est faite quasiment de bouche à oreille?

Comment pardonner à un secrétaire général d'un syndicat (le seul syndicat légitime en l'occurrence) lorsque celui-ci, au lieu de défendre les travailleurs auprès du patronat et du gouvernement, fait la promotion du programme de ce dernier auprès des travailleurs?

L’Algérie, après avoir illustré l’échec de la démocratisation, illustre l’échec du libéralisme -comme si Friedman avait ressuscité pour conseiller le gouvernement algérien: les lois du marché ne cessent de faire grimper les prix; l’argent du pétrole disparaît avant même que l’on ait eu le temps de l’apercevoir; et Quick vient côtoyer le futur Musée d’Arts Modernes d’Alger. Bien évidemment, tous ces problèmes sont loin de concerner une élite peuplant les plages privées, et conduisant des voitures hors de prix pour s’y rendre. Comme Orwell, quand Veblen parlait d’une classe oisive pratiquant une consommation ostentatoire il n’était pas loin de la triste réalité algérienne. Baudrillard aussi aurait pu parler de l’Algérie dans sa définition du Mal absolu: le progrès aboutit aussi bien à une chaîne de Fast Food occidentale qui s'installe au centre ville qu'à une population qui voit dans l'islam une protection, voire une alternative.
Ainsi, l’Algérie devient le théâtre d’une cohabitation entre le Bien (ce qui s’en réclame) et le Mal. Etrange.

Il est vrai que l’armée s’est effacée -ou n’est-ce qu’une impression. Il semblerait que le capitalisme importé a fait de plusieurs militaires des hommes d’affaires. Décidément, l’argent peut même évincer du pouvoir. L'armée n'a tout de même pas complètement disparu puisque c'est elle qu'on utilise pour faire retrouver au peuple ses réflexes pavloviens: un attentat, et toute contestation est oubliée!

Alors si tous ces idiots sont prêts à pardonner aux égorgeurs barbus (et Dieu sait que les barbus avaient sur qui compter), qu’ils le fassent! D'ailleurs, il est normal de vouloir négocier avec les vainqueurs. En attendant peut-être le jour où la question du pardon concernera aussi tous ces idiots, car pour l'instant, mes interrogations (plus haut) sont du domaine de l'abstrait. Par ailleurs, il serait absurde d'évoquer les pratiques mafieuses dans un texte qui traite exclusivement de la bêtise.
Pendant que j’écris cela, certains barbus pensent à créer un nouveau FIS (Front Islamique du Salut), profitant ainsi des droits et des privilèges octroyés par le président. L’éternel retour nietzschéen?

Je lève mon verre de Selecto à tous ceux qui survivent et à tous ceux qui résistent.
Son associé au billet :



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:: Les commentaires des internautes

Pas mal du tt...
Posté par noussi le 10.09.2007
eh oui pauvre pays comme tu le dis, malheureusement tes mots n y changeront rien vu que le gouvernement controle tt et le pire ds ts cela c'est que le peuple suit.....

rien à dire
Posté par selma le 21.09.2007
à part que ce que je viens de lire comme commentaire est totalement nul! si personne n'en parle, personne n'essaie de bouger , ça n'avancera jamais, les gens ne sont pas conscients, et c'est parcqu'il y a des gens qui ont le courage de faire des ecrits, pour dénoncer la réalité de la situation que peut être un jour les choses changeront. Je pense que tes mots peuvent y changer quelque chose, même si tu réussis à faire prendre à une personne de l'état catastrophique des choses, ca sera déja une victoire! bravo et merci pour l'Algérie

Une Française qui cherche à comprendre.
Posté par Léa le 24.06.2008
Quel engagement! Je dois dire que je ne suis jamais aller en Algérie et je ne suis pas Arabe, pourtant le devenir de ce pays m'intéresse et m'inquiète. C'est si intéréssant d'avoir un récit pareil. Pour moi l'Algérie c'est les gâteaux, le couscous, le thé à la menthe. Quels clichés faciles me diras-tu?Oui, mais ces clichés sont le reflet de l'opacité de la politique algérienne ainsi que le raccourci facile que les Occidentaux font du fait des médias et des politiques. J'ai une trés bonne amie Oranaise et je n'ai jamais pu parler de l'Algérie autrement qu'à travers les gâteaux et le thé à la menthe. Voilà comment "le céfranc" comme elle nous appelle est méprisé. Je dois dire que ce mépris me déçoit et m'indigne. Et pourtant j'ai une grande affection pour elle, mais je crois que l'on reflète à nous deux les rapports de l'Algérie et de la France: proche mais se regardant de loin.


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