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"Les citoyens sont si souvent sondés qu'ils en ont perdu toute opinion." Jean Baudrillard Description audio !
Catégorie : Blog Politique Date de création :
23.04.2007 Dernière mise à jour :
26.07.2008
Ils nous méprisent, alors méprisons-les. De qui parlé-je? De ces Occidentaux qui ont toujours un regard grave quand il s’agit de démocratie ou de droits de l’homme, mais qui n’agissent que lorsque leur intérêt les y pousse. Le «on» que le négrier utilisait («on travaille et on se tait!»), ce même «on» que M. Sarkozy a utilisé pour parler des musulmans («on n’égorge pas le mouton dans son appartement»), je l’utiliserai pour parler d’eux. Ces hypocrites critiquent volontiers le régime soudanais, mais que font-ils lorsque les Israéliens font la même chose? Rien. Rien car un démocrate peut tout se permettre, y compris de ne plus l’être.
On ne parle pas de démocratie quand on ne respecte pas la liberté de la presse. On ne parle pas de droits de l’homme lorsque le sort de certains hommes indiffère. Vladimir Poutine est un dictateur, paraît-il. Moi, je dis protégez-nous, M. Poutine, de l’impérialisme américain. Hugo Chavez est un fasciste, crie-t-on sur tous les toits. Moi, je dis bravo M. Chavez, vous êtes un homme libre. Est-ce M. Bush l'humaniste? Est-ce M. Sarkozy le démocrate? Pourtant ils ont envahi l'Irak. Pourtant ils n'hésitent pas à fusionner pouvoir économique et pouvoir politique. Il faudrait nous expliquer pourquoi on s'indigne plus facilement lorsque les Russes agissent ainsi. Comme le dit M. Sarkozy, on ne se soucie pas des caractéristiques de ceux qui commettent un crime quand on en est victime.
"Protéger l'état israélien". Voilà l'une des priorités diplomatiques du candidat Sarkozy. Mais que faire du peuple apatride d'à côté? Qui en fera une priorité diplomatique?
Colonisation et apartheid
L’eau, enjeu central de l’occupation de la Palestine
par André Rousseau.*
Comme dans toutes les régions arides, la question de l’eau est fondamentalement politique au Proche-Orient. Présente dès les premières implantations de colonies, elle est devenue un problème central en Palestine occupée et dans le Golan annexé, et témoigne de la politique discriminatoire de Tel-Aviv. Vitale, elle est au cœur de toute la stratégie militaire et colonisatrice israélienne.
Le Proche-Orient est une terre aride. Si l’on se limite aux trois régions où le problème de l’eau se pose avec le plus d’acuité, à savoir la Jordanie, Israël et les Territoires palestiniens, on constate que l’exploitation réelle des ressources, pour satisfaire à la demande actuelle, est très proche, voire supérieure à ce qui est effectivement disponible. Ainsi, en 1994, la consommation d’eau en Israël dépasse les 2000 millions de mètres cube/an alors que les ressources renouvelables n’excédent pas les 1500 millions de mètres cube/an. En Jordanie, le déficit d’eau se monte en 1999 à 155 millions de mètres cube et les nappes phréatiques sont surpompées à 180 %. Le cas est encore plus net dans la bande de Gaza qui exploite ses ressources renouvelables à 217 %, ce qui pose d’importants problèmes, tant pour la qualité de l’eau pompée dans les nappes, que pour l’avenir avec le risque d’assécher ces nappes, dont beaucoup ne se renouvellent plus.
Historique
Déjà en 1919, Chaim Weizman, dirigeant de l’Organisation Sioniste Mondiale, écrit au 1er ministre anglais Lloyd George que «l’ensemble du futur économique de la Palestine est dépendant de son approvisionnement en eau pour l’irrigation et l’énergie électrique». Les frontières demandées englobent en plus de la Palestine, le Golan et les Monts Hermon en Syrie, le sud-Liban et la rive est du Jourdain. Un an plus tard en octobre 1920, le même C. Weizman écrit au secrétaire du Foreign Office: «Si la Palestine était amputée du Litani, du Haut Jourdain et du Yarmouk, sans même parler de la bordure ouest de la (mer de) Galilée (Lac de Tibériade), elle ne pourrait être économiquement indépendante. Et une Palestine faible et appauvrie ne serait d’aucune utilité pour aucune puissance».
En 1941, D. Ben Gourion déclare: «nous devons nous rappeler que, pour parvenir à enraciner l’Etat juif, il faudra que les eaux du Jourdain et du Litani soient comprises à l’intérieur de nos frontières». Ben Gourion et Moshe Dayan étaient dès le début partisans d’envahir le sud-Liban jusqu’au Litani. Dayan proclamait en 1954: -«la seule chose qui est nécessaire est de trouver un officier (libanais), même seulement un Major....Nous pourrions soit le convaincre soit l’acheter pour qu’il se déclare lui-même le sauveur de la population maronite (chrétienne). Ensuite l’armée israélienne entrerait au Liban, occuperait les territoires nécessaires et mettrait en place un régime chrétien qui s’allierait à Israël. Le territoire au sud du Litani serait totalement annexé et tout serait parfait». On le voit, les envahissements ultérieurs du (sud)-Liban étaient programmés de longue date!
Dès 1953, Israël commence à dériver les eaux du Lac de Tibériade pour irriguer la côte et le Néguev, sans consulter la Syrie ni la Jordanie, et prélève une partie des eaux du Jourdain. En 1964 le National Water Carrier (transport de l’eau par canalisations) (en rouge sur la figure 1) est opérationnel. La Syrie et la Jordanie entreprennent alors la construction de barrages sur le Yarmouk et le détournement du Baniyas pour retenir l’eau en amont du Lac Tiberiade et ainsi empêcher Israël de l’y siphonner. Israël les accuse alors de l’agresser et bombarde les travaux jusqu’au déclenchement de la guerre des 6 jours. Le Liban suspecte aussi Israël de pomper son eau souterraine depuis le Bassin de Hasbani River.
La guerre de 1967 permet à Israël d’accaparer les ressources de Gaza, de la Cisjordanie et du Golan. En 1978, cet Etat envahit le sud-Liban et détourne par pompage une partie du Litani jusqu’en 2000, date à laquelle il se retire suite à la résistance du Hezbollah installé dans cette région.
L’annexion du Golan, surnommé le «château d’eau», permet le contrôle du bassin d’alimentation amont du Jourdain, et se traduit par l’expulsion de la majorité de la population (100 000 personnes), ce qui, du même coup, permet à Israël de récupérer l’eau qui n’est plus localement consommée.
En 1994, Israël et la Jordanie signent un traité de paix avec un volet sur l’eau défavorable aux Jordaniens. Avec la Syrie qui propose de tout négocier, notamment l’eau, contre un retrait total de l’occupant du Golan, les discussions reprises en 1999 sont brusquement interrompues par Ehoud Barak. Quant aux accords d’Oslo de 1993, s’ils reconnaissent (formellement) «les droits de l’eau des Palestiniens», ils renvoient leur négociation aux discussions finales sur le statut des territoires Palestiniens.....! Même des responsables israéliens dits modérés ont refusé de s’engager sur l’eau dans le protocole de Genève…
La politique israélienne de l’eau
Dès 1936, Walter Clay Lowdermilk s’inspira des grands travaux, menés alors dans la Tennessee Valley aux Etats-Unis, pour proposer la mise en place d’une «Jordan Valley Authority» placée sous surveillance internationale. Cette idée fut reprise en grande partie par le plan Johnston pour la vallée du Jourdain, du nom d’un envoyé du Président américain Eisenhower, en vue de créer une autorité régionale en 1954-1955, fondée sur une coopération inter étatique des Etats riverains du Jourdain, visant à allouer et gérer au mieux les ressources en eau.
La loi sur l’eau d’Israël
Mais Israël en décida autrement. Sa loi sur l’eau de 1959 fait des ressources hydrauliques «une propriété publique (...) soumise au contrôle de l’État». Le contenu légal, la valeur économique et sociale de la propriété foncière et des ressources qu’elle contient sont alors profondément modifiés. Cela initie un système qui empêche les Palestiniens de disposer librement de leurs ressources hydrauliques, instaurant une discrimination systématique. Mais la politique mise en œuvre depuis 1967 à Gaza et en Cisjordanie est d’un autre ordre de grandeur. Dès les premiers jours de l’invasion de la Cisjordanie et de Gaza en 1967, deux mesures sont prises:
1-interdiction de toute nouvelle infrastructure hydraulique, forages et puits sans autorisation,
2-confiscation des ressources en eau qui sont déclarées propriétés d’état conformément à cette loi israélienne sur l’eau de 1959 qui a nationalisé la ressource.
Pour y appliquer sa loi sur l’eau, Israël use à outrance de décrets militaires. Le domaine principal de discrimination est celui des entraves imposées aux forages des puits. 350 puits palestiniens fonctionnent actuellement en Cisjordanie, 23 d’entre eux, représentant 6,5 % de tous les puits, ont été forés depuis le début de l’occupation, au profit exclusif des colonies de peuplement. Le droit de creuser de nouveaux puits nécessite un permis, délivré à la discrétion des autorités israéliennes. Depuis 1975, des quotas sont imposés et leur dépassement entraîne de lourdes amendes (des compteurs ont été installés). Ils n’ont été augmentés que quatre fois... La quantité d’eau disponible pour les agriculteurs de Cisjordanie est gelée depuis 1967: le plafond est fixé à 90-100 millions de mètres cube par an pour 400 villages. Inversement, la quantité d’eau allouée aux colonies juives a augmenté de 100% au cours des années 1980.
Utilisation de la «loi des absents»
Sous des prétextes sécuritaires, la «loi des absents» est renforcée par la proclamation de «zones ou régions spéciales». Conformément à l’ordonnance militaire sur la «propriété abandonnée», Israël prend possession de ces terres, expropriant de cette façon un nombre inconnu de puits qui étaient utilisés par les Palestiniens ayant subi l’exode de 1948 et depuis considérés comme «absents». De même, la législation israélienne soumet certaines régions de Cisjordanie à des réglementations renforcées: «régions soumises à rationnement», «districts de drainage», «régions de sécurité militaire». C’est le cas d’une bande de terre le long du Jourdain, déclarée «zone militaire», que les Palestiniens utilisaient à des fins d’irrigation. Ces mesures limitent davantage encore l’accès des Palestiniens à l’eau, laquelle est achetée au prix fort -celui de l’eau potable- par les agriculteurs palestiniens pour les besoins de l’irrigation.
Avant 1967, cette pratique était inconnue des populations palestiniennes: pour la Cisjordanie, les autorisations concernant l’utilisation des eaux étaient généralement accordées par l’autorité jordanienne. Dans la bande de Gaza, aucun système de permis n’existait avant 1967 et l’utilisation de l’eau relevait du droit coutumier. Ainsi, par les ordonnances militaires n° 450 et 451 de 1971, le droit d’octroyer des licences d’utilisation de l’eau, prérogative du Directeur du cadastre jordanien, a été transféré aux autorités israéliennes. Selon diverses sources, 5 à 10 permis ont été concédés depuis 1967. De même, depuis 1975, la réfection et le nettoyage des puits sont soumis à des autorisations israéliennes, pratiquement jamais accordées. Israël a reconnu sa politique de limitation de nouveaux permis pour les Palestiniens sous les prétextes d’économie d’eau et d’amélioration des méthodes d’irrigation permettant une productivité accrue de l’agriculture locale…!
La Mékorot
Ces pratiques discriminatoires sont institutionnalisées: le gouvernement israélien, l’Agence juive et le Fonds national juif (FNJ) contrôlent la Mékorot (Compagnie de gestion israélienne) et la Tahal (Compagnie de planification des ressources en eau d’Israël), dont l’objectif commun est le soutien exclusif des intérêts israéliens. L’intégration des services israéliens, en imposant une centralisation de ces compagnies et en supprimant la participation des populations locales, place les territoires palestiniens dans une situation de dépendance juridique et administrative.
La Mékorot a développé dès 1967 des réseaux au profit quasi-exclusif des colonies. Le développement et l’entretien des systèmes municipaux palestiniens ont été laissés à l’abandon, alors que la Mékorot contrôlait et étendait son réseau de distribution. Dans les secteurs Palestiniens desservis par la Mékorot, l’état d’entretien est tel que jusqu’à 40 % de l’eau transportée en Cisjordanie est perdue en ligne. Le système hydraulique palestinien est resté à son niveau de 1967. À Tulkarem, ces pertes s’élèvent à 60 %, à Ramallah à 20 %. Et la création d’infrastructures hydrauliques, qui relient les colonies de peuplement entre elles, enserre les territoires palestiniens dans un quadrillage serré. A Gaza, la situation est plus dramatique encore, car l’aquifère côtier surexploité s’infiltre maintenant d’eau de mer. Pour le futur État palestinien, l’éventuel décuplement du réseau hydraulique s’avérera difficile et onéreux.
Inégalité d’accès et de prix
Mais il ne suffit pas que la ressource existe, encore faut-il y avoir accès et les couvre-feux et blocus continuels conduisent à des situations dramatiques. Les destructions de réseaux et réservoirs obligent à faire venir l’eau en camions-citernes, renchérissant son prix qui peut atteindre jusqu’à 40 NIS/mètre cube (plus de 8 euros), soit près de 10 fois plus que le prix initialement demandé par la municipalité. Dans les Territoires Occupés Palestiniens de 1967, les réseaux étant fréquemment sous le contrôle direct des colons, ceux-ci ferment les vannes de distribution des antennes en direction des villages palestiniens quand bon leur semble.
Si les israéliens bénéficient de l’eau courante toute l’année, les palestiniens sont victimes de coupures arbitraires, en particulier pendant l’été. Quant au prix payé par un consommateur palestinien, il est en principe le même qu’un israélien, alors que le PIB est 20 fois plus élevé en Israël qu’en Cisjordanie. En réalité l’eau est fortement subventionnée pour les colonies juives alors qu’un palestinien doit payer 4 fois plus cher qu’un colon pour y accéder. Ainsi une famille palestinienne peut dépenser plusieurs centaines de shekels/mois, alors que ses revenus n’excèdent pas 1500 NIS mensuels. (1 NIS = 0.21 euro = 1.37 FF; 1 euro = 4,7 shekels).
Dans de telles conditions, l’Autorité Palestinienne de l’Eau, qui a été créée par Oslo 1, faisait pâle figure avant d’être annulée par Oslo 2, puisque c’est Israël seul qui gère les flux. Elle servait surtout de bouc émissaire face au mécontentement des populations palestiniennes, et elle a perdu sa raison d’être avec la destruction systématique des infrastructures (les cuves) et l’impossibilité de contrôler la pollution.
Etat des lieux hydrogéologiques et répartition de la consommation d’eau
La consommation moyenne et annuelle d’un Israélien (357 mètres cube) est quatre fois plus élevée que celle d’un Palestinien de Cisjordanie (84,6 mètres cube). La consommation domestique d’un citoyen israélien est trois fois supérieure à celle d’un Palestinien. La consommation agricole est également largement plus forte, et la politique israélienne de subventions encourage, de fait, une consommation élevée. Douloureux handicap pour l’agriculture palestinienne: les colonies irriguent 60 % de leurs terres cultivables, contre 45 % en Israël et 6 % en Cisjordanie.
La législation décrite ci-dessus permet à Israël de satisfaire ses besoins en eau grâce à des détournements qui s’apparentent à de véritables spoliations.
-Depuis 1967, la conquête du Golan a permis à Israël de disposer du Baniyas ainsi que des nappes et cours d’eau qui parcourent le Mont et lui donnent son surnom de château d’eau. Le Golan apporte à Israël plus de 250 millions de mètres cube d’eau par an. Le Golan et le Yarmouk fournissent ainsi près du tiers de la consommation totale israélienne. En conséquence, 75 % des eaux du Jourdain sont détournés par Israël avant qu’elles n’atteignent les Territoires.
-En Cisjordanie trois aquifères fournissent un autre tiers des réserves hydrauliques à Israël, qui consomme près de 86 % de l’eau de la région. Les Palestiniens en utilisent 8 à 12 %, et les colons israéliens 2 à 5 %. Après plus de trente années d’occupation, quelque 180 villages de Cisjordanie ne sont toujours pas raccordés à un système de distribution. Le contrôle des sources d’eau est aux mains de la compagnie israélienne Mekorot qui distribue chaque année 110 millions de mètres cube aux 1,5 million de Palestiniens (soit 73 mètres cube par habitant), 30 millions de mètres cube aux 140000 colons (soit 214 mètres cube par colon), tandis que 460 millions de mètres cube partent vers Israël. Cette compagnie pratique une distribution, mais aussi des tarifs discriminatoires. Elle fait payer 0,7 $ le mètre cube pour usage domestique et 0,16 $ pour l’agriculture aux Israéliens, tandis qu’il n’existe pas de prix différencié pour les Palestiniens qui doivent payer, eux, 1,20 $ le mètre cube. Heureusement, cette nappe se régénère facilement grâce à des précipitations abondantes.
A Gaza, la superficie territoriale est petite et les précipitations sont faibles. On estime que seulement 35 millions de mètres cube pénètrent le sol pour gagner la nappe phréatique. Vu l’accroissement de la population (de 50000 personnes avant 1948, elle est passé à 1,2 million aujourd’hui, ce qui correspond à 29 mètres cube d’eau par habitant et par an !), cette nappe d’eau est surexploitée, et 70 % de ses ressources sont endommagées. Les Israéliens pompent de façon trop importante près de la bande de Gaza et assèchent les puits palestiniens où l’eau disponible est saumâtre et désormais polluée. Il n’existe pas de rivière dans la bande de Gaza, mais un wadi qui rassemble les eaux de plusieurs wadi dans la région. Les Israéliens ont établi de petites digues sur ces wadi et la seule eau qui coule désormais dans le Wadi Gaza est celle usée et non recyclée de la ville de Gaza.... La Bande de Gaza a d’ores et déjà reçu un certain soutien international pour résoudre en partie la crise de l’eau (dessalage, importation d’eau et lutte contre la pollution), mais cela reste insuffisant par rapport à la demande locale.
Conséquences sur l’environnement
Tous usages confondus, la consommation moyenne en eau des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza représente environ 150 mètres cube par personne et par an, alors que les colons de Cisjordanie en consomment, eux, entre 700 et 800 mètres cube. En conséquence, les eaux souterraines ont été surexploitées. Depuis l’occupation en Cisjordanie et à Gaza, 70 à 80 % des villes et villages palestiniens ne reçoivent que quelques heures d’eau par semaine, obligeant la population à faire des réserves dans des bidons, soit dans des conditions d’hygiènes hasardeuses, tandis que les postes militaires israéliens et les colonies sont alimentés 24 heures sur 24. Ces dernières vivent comme si elles étaient dans un pays européen, alors que la population palestinienne a toujours géré son eau en connaissant l’aridité de la région.
De plus le développement agricole israélien se fait en contradiction avec les ressources en eau disponibles. Les Palestiniens n’ont pas le doit de forer des puits, alors que les colons le peuvent et sur de grandes profondeurs (300 à 500 mètres). Ainsi, non seulement il est interdit pour les Palestiniens de forer de nouveaux puits sans autorisation militaire israélienne, mais surtout leurs puits ne doivent pas dépasser 140 mètres de profondeur, alors que ceux des colons peuvent atteindre 800 mètres.
Aggravation de la situation
Depuis la deuxième Intifada, la situation s’est encore dégradée, puisque l’armée israélienne et les colons attaquent de manière presque systématique les puits, empêchent les Palestiniens d’accéder à l’eau et à terme essaient de les pousser à partir. De ce fait, le coût de l’achat de tanks d’eau a considérablement augmenté, passant de 3 $ par mètre cube à 7 $. Les hélicoptères israéliens bombardent les tanks sur les toits des maisons ainsi que les puits importants comme ce fut le cas à Rafah.
L’eau des aquifères de Cisjordanie est revendiquée par les Palestiniens, qui soulignent qu’Israël exploite par ses puits profonds et à 80-90 % des nappes qui devraient leur revenir, car elles sont situées sous les collines de Cisjordanie. Ils estiment de plus que l’État israélien a violé la Convention de Genève (stipulant le statu quo des sols de territoires occupés) en creusant des puits pour ses propres implantations, tandis qu’il gelait l’exploitation palestinienne de l’eau. Par ailleurs ces puits auraient asséché ceux moins profonds de villages traditionnels.
Pour Gaza, le problème provient des puits creusés dans la nappe phréatique. Selon l’Autorité palestinienne, les Israéliens ont pompé dans les nappes aux abords immédiats de la bande de Gaza, causant ainsi la forte salinisation actuelle des puits
Ajoutons que 31 % des communautés palestiniennes ne sont pas raccordées: dépendant du Mékorot, qui fait ce qu’il veut, elles se retrouvent souvent non alimentées, soit du fait de camions citernes bloqués aux check points, soit parce que l’eau est saumâtre comme à Gaza et sur l’aquifère oriental en Cisjordanie.
Le vrai rôle du Mur et la politique d’annexion
C’est au nom d’une prétendue -et illusoire- sécurité que les gouvernements israéliens successifs ont refusé d’appliquer les résolutions de l’ONU leur intimant l’ordre de revenir aux frontières de 1967 -dite la «ligne verte»-, et en particulier de rendre à la Syrie les hauteurs du Golan. En réalité, la politique des «faits accomplis», guidée par la volonté connue de conquête territoriale d’Israël (le rêve du «Grand Israël biblique» de certains dirigeants israéliens), a surtout pour objectif de mettre la main sur 90 % des ressources en eau de la région, ce qui devrait être effectif quand le Mur sera terminé. Cette politique, planifiée pour chasser les Palestiniens de Cisjordanie par le tarissement de l’accès à leurs propres ressources en eau, est escomptée passer à travers les gouttes d’une réprobation internationale…
Qu’on en juge sur le terrain: le tracé du Mur suit une logique délibérée: maximum de terres, minimum de population, en vue de l’annexion et de l’expansion future des colonies. Le tracé de ce dernier suit soigneusement les principales colonies, mais est aussi calé sur la mainmise des meilleures terres et sur la récupération optimale des accès à l’eau. Séparer les puits des terres conduit d’abord à assécher ces dernières, à la perte des investissements et des récoltes, puis à l’abandon et donc à la récupération par Israël au titre de la «loi» sur les «terrains non cultivés».
Par exemple, dans les régions de Qalqiliya et Tulkarem (voir la figure 2), en juin 2003, plus de 50 % des terres irriguées sont isolées et plus de 5 % détruites, 50 puits sur 140 et 200 citernes se retrouvent isolés ou en zone tampon, 30 km de réseau d’irrigation et 25 puits et citernes ont été détruits, affectant 51 communes, soit plus de 200000 personnes, dont 40 % sont maintenant sans ressources.
Un rapport de l’ONU indique qu’entre la signature des accords d’Oslo en 1993 et 1999, 780 puits fournissant de l’eau à usage domestique et pour l’irrigation ont été détruits. Quant aux secteurs, où malgré tout, subsistent quelques productions, comme les serres à Qalqiliya, la fermeture des voies de communication rend impossible toute commercialisation.
L’enfermement concentrationnaire, déjà effectif à Gaza depuis plus de 10 ans, s’accélère aujourd’hui avec la construction du Mur en Cisjordanie. A Rafah, dans la bande de Gaza, où la démolition systématique de centaines de maisons a été menée par l’armée d’occupation, les infrastructures correspondantes: citernes, réseau et réservoirs publics ont été détruits. Cela a été le cas, en particulier, au début 2003, de la station de pompage de deux puits fournissant l’eau à 50 % des habitants de la ville. Ces deux puits fournissaient 6 000 mètres cube d’eau par jour (de bonne qualité et non saumâtre) sur les 13 000 journaliers consommés par les 130000 habitants. L’un de ces deux puits avait été bâti en 2001 par l’Autorité Palestinienne avec l’aide de fonds du gouvernement canadien.
En mars 2003 et depuis le début de la 2ème Intifada, les dommages dans les Territoires occupés s’établissaient comme suit: 151 puits, 153 sources, 447 citernes, 52 citernes mobiles (tankers), 9 128 citernes de toit, 14 réservoirs, 150 km de canalisations desservant plus de 78000 maisons.
L’avenir?
Il est inacceptable qu’Israël puisse accaparer la presque totalité des ressources hydrauliques de la région au profit exclusif de ses ressortissants -minoritaires en nombre. Le fait incontournable que ces ressources soient insuffisantes pour permettre une utilisation de l’eau semblable à celle des pays tempérés, devrait au contraire inciter à la recherche de modus vivendi des peuples de la région. Or, Israël refuse à ce jour toute (re)négociation sur ce sujet, tant avec l’Autorité Palestinienne qu’avec ses voisins, comme le prouve sa politique au sud-Liban et au Golan.
La politique internationale de l’eau qui avait été initiée dans les années 50 avec le Plan Johnston, a été mise sous le boisseau par Israël. Il serait temps que sous l’égide de l’ONU se tienne une Conférence internationale avec les pays alentour, tout en étant conscient que le règlement politique sur la base des résolutions de l’ONU et le partage équitable de l’eau sont indissociables. Il est aussi évident que si, en Palestine, un seul pays -laïque- permettait à l’ensemble de la population de vivre sous les mêmes lois, la résolution du problème de l’eau serait plus facile. En attendant, le statu quo mène directement à une catastrophe annoncée. Et rappelons-nous que dans l’histoire de la Mésopotamie, des civilisations ont disparu par suite d’insuffisance des ressources hydrauliques.
André Rousseau.
Au nom du Collectif Girondin de Soutien au Peuple Palestinien.
Après le Monde diplomatique, une autre source -que j'ai par ailleurs utilisée pour illustrer mon premier article- me semble particulièrement intéressante: voltairenet.org (le réseau voltaire). Ce réseau qui se démarque par son indépendance traite aujourd'hui d'un sujet délicat: Gaza et sa pseudo-liberté.
Greta Berlin: «Pourquoi nous allons naviguer jusqu’à Gaza»
par Silvia Cattori*
Greta Berlin, 66 ans, est une femme d’affaires de Los Angeles. Elle est mère de deux enfants doubles nationaux palestiniens et états-uniens. Ces quatre dernières années, elle a rejoint par deux fois l’International Solidarity Movement en Palestine occupée. Également membre des Femmes en noir, elle est l’une des nombreuses personnes qui ont organisé un projet peu usuel: aller à Gaza en bateau. Leur intention est de mettre au défi l’affirmation des autorités israéliennes selon laquelle Gaza n’est plus occupée. Dans l’entretien qu’elle accorde au Réseau Voltaire, Greta Berlin explique les raisons de cette entreprise courageuse.
Silvia Cattori: Sur votre site FREE GAZA, on peut lire ceci: «Nous avons essayé d’entrer en Palestine par la terre. Nous avons essayé d’y entrer par les airs. Cette fois-ci nous allons prendre un bateau» C’est là une tentative unique. Pourquoi Gaza en particulier? Et pourquoi se rendre par bateau dans un des endroits les plus surveillés au monde?
Greta Berlin: Israël affirme que Gaza n’est plus occupée. Bien: si cela est vrai, alors nous avons le droit de nous y rendre. La vérité est qu’Israël contrôle toutes les entrées à Gaza et que sa population y est plus que jamais isolée du monde. Les internationaux ne peuvent plus accéder à Gaza par la frontière avec l’Égypte et, bien sûr, la frontière d’Erez avec Israël est fermée à presque tout le monde.
Ainsi, 50 à 80 d’entre nous, hommes et femmes, partiront de Chypres vers la fin de cet été. Beaucoup d’entre nous ont plus de 50 ans: des hommes et des femmes de toutes origines et nationalités -Palestiniens, Israéliens, Australiens, Grecs, États-Uniens, Anglais, Espagnols, Italiens- embarqueront sur un bateau appelé FREE GAZA. Un de ces passagers, Mme Hedy Epstein, est une survivante de l’holocauste, et deux ou trois Palestiniens sont des survivants de la Nakba. Beaucoup d’entre nous sont interdits d’accès dans les territoires occupés parce que nous y sommes allés pour porter témoignage de ce qu’Israël fait subir aux Palestiniens.
Silvia Cattori: Ce départ en mer vers la Palestine survient 60 ans après le départ de Marseille du bateau Exodus pour la Palestine, le 27 juillet 1947, avec 4500 réfugiés juifs à son bord. Avez-vous voulu que votre départ coïncide avec ce départ en 1947?
Greta Berlin: C’est une pure coïncidence. La raison pour laquelle nous partons en 2007 est qu’elle marque la deuxième année du prétendu retrait de l’occupant israélien. Or, Gaza est plus que jamais assiégée et les conditions de vie, déjà difficiles des habitants de Gaza n’ont cessé de s’aggraver depuis lors. Il s’agit donc pour nous d’attirer l’attention du monde sur la terrible négation des droits civils et humains des Palestiniens.
Silvia Cattori: Entrer dans les eaux de Gaza ne va pas être chose simple! Croyez-vous vraiment que la marine militaire israélienne vous laissera y pénétrer?
Greta Berlin: Israël n’a pas le droit de nous empêcher d’aller à Gaza. Alors nous y allons. La loi internationale dit que nous avons le droit de nous rendre à Gaza. Souvenez-vous que, en juillet 2005, les autorités israéliennes ont proclamé que La bande de Gaza n’était plus occupée. Si Gaza n’est plus occupée, pourquoi ne devrions-nous pas y aller?
Laissons les autorités israéliennes prouver que Gaza n’est plus occupée en nous laissant y entrer. Ce voyage est une tentative de défier Israël sur ses propres mots. Nous sommes invités par de nombreuses ONG à venir visiter leurs locaux et cliniques. De quel droit Israël peut-il nous interdire ces visites?
Je le répète: nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour attirer l’attention du monde sur le fait que le blocus militaire israélien conduit à la mort lente les gens de Gaza. Nous savons bien que ce voyage sera difficile, mais nous sommes déterminés. Nous pouvons, soit nous lamenter sur l’inertie de la communauté internationale, soit faire quelque chose pour l’amener à se réveiller et à réagir. Si nous, qui avons pu constater la gravité de la situation, ne faisons rien, quelle crédibilité aurons-nous encore aux yeux des Palestiniens sous occupation?
Nous avons planifié ce voyage depuis longtemps, en réfléchissant très soigneusement à la meilleure façon de montrer notre soutien. Nous avons discuté la possibilité de nous rendre à Gaza pour soutenir le droit au retour des Palestiniens chassés de chez eux en 1948. Notre voyage devait-il marquer les 60 ans de l’occupation? Mais nous avons considéré qu’il était de la plus haute importance de mettre au défi l’affirmation d’Israël selon laquelle Gaza n’est plus occupée et ses habitants sont libres.
Selon la loi internationale, les eaux de Gaza, sur ses 40 kilomètres de côte, appartiennent aux Palestiniens et Israël n’a aucun droit de contrôle sur ces eaux. Même les Accords d’Oslo reconnaissent que la côte de Gaza appartient à ses habitants.
Silvia Cattori: Que voulez-vous démontrer?
Greta Berlin: Nous voulons démontrer qu’Israël et les États-Unis sont en train d’affamer les habitants de Gaza parce ceux-ci ont élu démocratiquement le gouvernement Hamas. Nous voulons faire appel à la conscience des citoyens du monde, en leur disant: «Réveillez-vous. Vous ne pouvez pas continuer de détourner les yeux des crimes commis par Israël. Vous ne pouvez pas continuer à fermer les yeux sur le lent génocide des Palestiniens».
Nous pensons qu’il est important de démontrer qu’Israël a menti, que Gaza n’a jamais été libérée. Les navires de guerre israéliens n’ont jamais cessé de tirer sur les bateaux de pêche palestiniens, tuant de nombreux pêcheurs au cours des deux dernières années. Qu’avaient fait ces gens si ce n’est de pêcher pour nourrir leurs familles? Quelle sorte de crime commet Israël en tirant sur des gens qui ont le droit de pêcher dans leurs propres eaux?
Silvia Cattori: Croyez-vous sérieusement que vous pourrez faire face à la puissance militaire d’Israël?
Greta Berlin: Nous allons essayer. Notre mission est d’aller à Gaza. Bien sûr, nous supposons que nous serons stoppés. Mais nous allons insister sur le fait que nous avons, légalement et moralement, le droit d’y aller. Et nous avons assez de journalistes à bord pour raconter ce qui arrivera; alors laissons-les essayer de nous stopper. On pourra démontrer que la «liberté pour Gaza» proclamée par Israël est une complète mystification. Ce territoire est encore occupé et sa population terrorisée quotidiennement.
Silvia Cattori: Votre objectif est donc essentiellement politique?
Greta Berlin: Exactement. Gaza a le droit d’être libre. Bien que nous en emporterons avec nous, notre objectif n’est pas d’acheminer des vivres et des médicaments. Comme tout autre peuple, le peuple de Gaza veut pouvoir voyager, commercer, travailler en paix et bénéficier du droit de contrôler son destin. Il devrait avoir le droit d’utiliser son aéroport, détruit par les Israéliens il y a cinq ans, et il devrait avoir le droit de pêcher dans ses eaux.
Bien sûr, la catastrophe humanitaire est importante, mais être libre est d’une importance vitale pour ce peuple. La communauté internationale doit faire pression sur Israël et aider à rétablir les structures internes des Palestiniens leur permettant de reconstruire leur société. Mais notre mission est d’avertir Israël, les États-Unis et l’Union Européenne, qu’ils portent la responsabilité du bien-être de 1,4 million de gens.
Silvia Cattori: C’est un grand projet que vous lancez!
Greta Berlin: Les Palestiniens n’ont rien obtenu après tant de prétendus «processus de paix». Tous les efforts internationaux ont échoué. Nous souhaitons contrer la désinformation répandue depuis près de 60 ans en faveur d’Israël, à la place de l’histoire réelle de la dépossession des Palestiniens. Le monde ne peut attendre indéfiniment qu’Israël aille s’asseoir sérieusement à la table des négociations. Même les ONG sont incapables de dire la vérité par peur de perdre le soutien international. Plus de 65 résolutions de l’ONU ont essayé de faire payer ses méfaits à Israël; mais elles se sont vu opposer à chaque fois le veto des États-Unis. Pendant 60 ans, les Palestiniens ont attendu qu’on leur rende justice. Pendant combien de temps encore devraient-ils payer le prix de ce que l’Europe a fait subir aux juifs? Combien de temps encore la communauté internationale détournera-t-elle les yeux en disant: «Nous n’avons pas vu, nous ne savions pas»?
Silvia Cattori: Espérez-vous que d’autres bateaux vous rejoignent?
Greta Berlin: Toute personne qui possède un bateau, toute personne qui veut se joindre à nous pour briser le siège est la bienvenue. Plus de bateaux se joindront à nous, plus grandes seront nos chances d’être entendus.
Silvia Cattori: Ne faut-il pas une certaine dose de courage pour se lancer dans une telle aventure?
Greta Berlin: Je me dis que, si Hedy Epstein qui a 82 ans, et Mary Hugues qui en a 73, et tant d’autres qui ont plus de 70 et plus de 80 ans peuvent faire ce voyage, je dois aussi en être capable. Je ne pense pas que quiconque parmi nous se considère comme courageux; je pense que nous sommes déterminés à faire entendre la voix des Palestiniens et que, si nous le pouvons, nous le devons. Nous ne pouvons pas détourner les yeux alors qu’Israël bombarde chaque jour des femmes et des enfants.
Silvia Cattori: Pourquoi êtes-vous si sensible au drame des Palestiniens?
Greta Berlin: Quand je vivais à Chicago, Illinois, j’ai épousé un Palestinien, réfugié depuis 1948. C’est alors que j’ai commencé à découvrir la vérité au sujet du nettoyage ethnique de 750 000 Palestiniens pour établir un État juif. Comme je m’engageais davantage, dans les années 60 et 70, un groupe nommé Jewish Defence League a menacé de s’en prendre à mes deux enfants en bas âge, disant qu’elle les tuerait si je continuais à militer pour la justice pour les Palestiniens. Pendant près de 20 ans, j’ai abandonné la lutte, me consacrant à mes enfants et à ma carrière professionnelle. Je n’étais pas prête à mettre en danger leur sécurité de mes enfants pour la cause que je soutenais.
En 1977, mes enfants étant grands et ayant quitté la maison, j’ai recommencé à écrire des lettres et à militer. Je ne pouvais pas croire que, après 20 années, la situation des Palestiniens empirait chaque jour. Le 29 septembre 2000, Mohammed Al Dura, un petit garçon de Gaza âgé de 12 ans fut tué par un soldat israélien. Quelqu’un avait filmé ce meurtre. J’en fus épouvantée et bouleversée.
Quand Rachel Corrie fut écrasée par un bulldozer israélien, en mars 2003, et que Tom Hurndall fut atteint d’une balle à la tête quelques jours plus tard -deux personnes qui défendaient les droits de l’homme au sein de l’International Solidarity Mouvement à Gaza- j’ai décidé de me rendre dans les territoires occupés pour voir de mes propres yeux ce qu’Israël fait endurer aux populations des territoires qu’il occupe.
Silvia Cattori: L’International Solidarity Mouvement (ISM) n’est-il pas considéré par Israël comme un mouvement terroriste?
Greta Berlin: En fait, non. Les volontaires de l’ISM sont des gens pacifiques qui croient en la protestation non violente contre l’occupation. Le seul terrorisme que j’ai vu durant les cinq mois que j’ai passés en Palestine, entre 2003 et 2005, a été la violence militaire israélienne contre nous, et la violence des colons illégaux contre les Palestiniens et ceux d’entre nous qui essayaient de les protéger. J’ai été blessée à une jambe par une balle d’acier enrobée de caoutchouc, alors que je protestais contre le mur terrifiant qu’Israël est en train de construire. Et, comme des centaines de militants pour la paix, j’ai eu à subir les grenades lacrymogènes et les bombes assourdissantes jetées sur moi à Bil’in. Alors que j’accompagnais à l’école des enfants palestiniens à Hébron, les enfants des colons nous ont jeté des pierres et j’ai été blessée à la main et au fémur.
Presque tous ceux qui vont embarquer sur le bateau ont été battus, blessés par balles, ou asphyxiés de gaz lacrymogènes par les militaires israéliens. Beaucoup d’entre nous ont été arrêtés pour avoir protégé des femmes et des enfants. Les autorités israéliennes savent très bien que nous n’avons aucun lien avec des organisations terroristes. Mais Israël est terrifié à l’idée que nous puissions revenir dans nos pays respectifs dire la vérité sur ce que ses soldats font subir au peuple palestinien sous occupation. C’est cela qu’Israël craint: la vérité.
Nous nous sommes engagés à aller à Gaza. Et nous attendons ardemment le soutien de tous les progressistes qui se joindront à nous. Même si nous ne parvenons pas à accoster, nous aurons essayé et nous aurons fait connaître au monde la situation réelle. Je crois que tous, sur ce bateau, partagent les mêmes convictions. Nous connaissons les obstacles. Et il ne s’agit pas d’un seul voyage. Nous y retournerons; il s’agit d’une stratégie pour faire connaître au monde la vérité sur l’occupation israélienne.
Silvia Cattori: Que comptez-vous faire une fois arrivés à Gaza?
Greta Berlin: Nous irons pêcher. Venez, rejoignez-nous, prenez vos cannes à pêche.
1/IL Y A QUARANTE ANS, LA GUERRE DES SIX JOURS (Le Monde diplomatique):
Quand l’armée israélienne déclenche, à l’aube du 5 juin, son attaque contre l’Egypte, personne ne peut imaginer que, quarante ans plus tard, elle continuera d’occuper des territoires arabes conquis lors de cette offensive et que de violents combats l’opposeront à des milices à Gaza. Personne non plus n’imagine que la région sera bouleversée par cette guerre pourtant si courte. Les Etats-Unis, Israël et les monarchies arabes s’étaient réjouis de la défaite de Gamal Abdel Nasser et du nationalisme arabe: en fait, celle-ci accélérera l’émergence de l’islamisme politique et l’affirmation de la résistance palestinienne. L’incapacité des Nations unies à imposer l’application des innombrables résolutions sur l’établissement d’une paix juste dans la région contribuera au discrédit des puissances occidentales. Enfin, la situation de «ni guerre ni paix» concourra à la longévité exceptionnelle de pouvoirs autoritaires arabes, souvent avec la bénédiction des Etats-Unis.
Pourtant, grand vainqueur de cette troisième confrontation avec ses voisins arabes, après celle de 1948-1949 et celle de Suez de 1956, Israël, en maintenant sous occupation une population palestinienne rétive, en considérant que seul l’usage de la force résout les problèmes, s’enfoncera dans une crise politique et morale profonde. Le conflit de 1967, qui fut aussi le résultat de mauvais calculs et d’erreurs humaines, confirme cette vérité: la guerre est rarement l’antichambre de la paix.
2/Extrait de l'interview de Vladimir Poutine (NOUVELOBS.COM | 05.06.2007 | 07:00):
Voici un extrait de l'interview de Vladimir Poutine parue lundi 4 juin dans huit médias représentant les huit pays du G8, à la veille du sommet du G8 à Heiligendamm.
Question: Lorsque vous vous opposez au déploiement par les États-Unis d'un système de défense antimissile en Pologne et en République tchèque, quel est votre objectif?
Réponse: En appliquant le Traité sur les armements conventionnels en Europe (CFE), la Russie a procédé à un désarmement unilatéral. En retour, nous avons observé une accumulation de matériel militaire en Roumanie et en Bulgarie et maintenant le déploiement d'intercepteurs en Pologne et d'un radar en République tchèque. Il y a de quoi être préoccupé. Voilà pourquoi nous avons déclaré un moratoire sur le CFE. Il faut se rendre compte que lorsque le système antimissile sera installé, il fonctionnera en liaison automatique avec le dispositif nucléaire aux États-Unis. Pour la première fois dans l'histoire, il y aura donc en Europe des éléments d'un système nucléaire américain. Cela change fondamentalement l'équilibre du système international. On nous explique que cela est nécessaire pour se protéger de missiles iraniens. Mais les Iraniens ne disposent pas de missiles de 5 000 à 8 000 kilomètres de portée. Il n'y a donc pas de justification au déploiement de ce système. Nous nous fondons sur le bon sens et la logique. Nous n'excluons pas que les États-Unis reviennent sur leur décision. Si ces principes ne s'imposent pas, nous devrons prendre des mesures de réciprocité. Pour rétablir l'équilibre, nous aurons besoin de systèmes qui pourront pénétrer le bouclier antimissile. Nous ne sommes pas ceux qui auront entamé une course aux armements en Europe. Mais peut-être veut-on nous pousser à prendre des mesures de réciprocité pour empêcher un rapprochement entre la Russie et l'Europe.
Question: Allons-nous donc revenir à l'époque où des missiles étaient pointés sur l'Europe occidentale?
Réponse: Oui. Nous sommes en train de revenir à cette époque. Nos experts militaires nous disent que le système antimissile menace le territoire de la Russie jusqu'à l'Oural. Si une partie du potentiel nucléaire des États-Unis est en Europe, nous devrons trouver une réponse. Bien sûr, nous devrons avoir des cibles en Europe. Quels moyens utiliserons-nous? Des missiles balistiques, des missiles de croisière ou de nouveaux systèmes d'armements, c'est une question technique. Je suis contre toute course aux armements. Nous avons appris de l'expérience de l'URSS. Nous n'allons pas nous laisser entraîner. Les États-Unis vont dépenser des milliards et des milliards de dollars, nous allons bâtir une réponse asymétrique, beaucoup moins chère mais efficace.
Question: Si Washington vous proposait de participer au bouclier antimissile, seriez-vous prêt à en discuter avec l'Otan?
Réponse: Les États-Unis nous ont seulement proposé de fournir nos missiles pour qu'ils servent de cible... Le bouclier antimissile étant lié au système de dissuasion nucléaire américain, il serait absurde pour eux de permettre à la Russie d'accéder au saint des saints de ce système.
Question: Certains disent que la Russie n'a pas sa place au G8 parce qu'elle n'est pas assez démocratique...
Réponse: C'est absurde. La Russie est devenue la neuvième puissance économique au monde et dépasse les pays du G8 dans de nombreux domaines. Quant aux droits de l'homme, je ne veux offenser personne, mais le rapport d'Amnesty International affirme que les États-Unis sont le plus grand pourfendeur des droits de l'homme à l'échelle globale.
3/Mes conclusions:
Si Israël est aussi hégémonique dans la région, ce n'est pas parce que les valeurs véhiculées par le sionisme sont bonnes. C'est militairement que tout se joue. On a beau faire l'apologie de la diplomatie et du dialogue, on attend toujours l'aboutissement des sommets et des accords.
Pour ce qui est de l'impérialisme américain, il serait idiot de penser que la victoire américaine à l'issue de la guerre froide reflète le triomphe du bien sur le mal. Si les Américains ont gagné la guerre froide, c'est parce qu'ils ont mieux supporté la course aux armements, et n'est-ce pas normal sachant que les dégâts n'ont pas été les mêmes selon qu'on ait été le théâtre de la seconde guerre mondiale (URSS) ou un simple visiteur -aussi héroïque soit-il- (Etats-Unis)? Et ce qui se passe aujourd'hui illustre ma thèse: les Polonais et les Tchèques, délivrés de la tutelle soviétique, se retrouvent sous celle de l'Ange tutélaire de l'Europe. Peut-être la pilule passe-t-elle mieux avec un Coca Cola qu'avec une vodka. Par ailleurs, il faut être très paranoïaque pour croire que l'Iran et la Corée du Nord constituent une quelconque menace pour l'Europe.
Ce texte du grand philosophe slovène Slavoj Zizek date de 2005, et on le trouve dans le site du Monde diplomatique:
«La guerre des étoiles», épisode 3
Une revanche de la finance mondiale
En compétition avec le christianisme, le bouddhisme tendance New Age fait l’objet d’un certain engouement. Comme une tentative de rendre acceptable l’essor du capitalisme financier et le stress lié aux progrès technologiques. Même le réalisateur George Lucas n’échappe pas à cette influence. En témoigne «La Revanche des Sith», le dernier-né de la saga de «La Guerre des étoiles», sorti le 18 mai en France.
Par Slavoj Zizek
En livrant enfin, dans "La Revanche des Sith" (épisode 3 de la «première trilogie»), le moment crucial de toute la saga de "La Guerre des étoiles", à savoir la transformation du «gentil» Anakin en «méchant» Dark Vador, le réalisateur George Lucas établit un parallèle entre l’individu et la politique. A l’échelon de l’individu, l’explication relève d’une sorte de bouddhisme pop: «Il se transforme en Dark Vador parce qu’il s’attache aux choses, explique Lucas. Il n’arrive pas à se séparer de sa mère. Il n’arrive pas à se séparer de sa petite amie. Il n’arrive pas à renoncer aux objets. Cet attachement le rend avide. Et quand vous êtes avide, vous êtes sur la voie du côté obscur parce que vous avez peur de perdre ce que vous possédez.» L’Ordre des Jedi apparaît, en opposition, comme une communauté masculine fermée, interdisant à ses membres toute attache, comme une nouvelle version de la communauté du Graal célébrée par le compositeur Richard Wagner dans Parsifal.
L’explication politique est encore plus révélatrice: «Comment la République s’est-elle transformée en Empire? (Question parallèle: comment Anakin est-il devenu Dark Vador?) Comment une démocratie se transforme-t-elle en dictature? Ce n’est pas parce que l’Empire a conquis la République, c’est parce que l’Empire est la République.» L’Empire naît de la corruption inhérente à la République: «Un beau jour, raconte Lucas, la princesse Léia et ses amis se sont réveillés en se disant: "Ce n’est plus la République, c’est l’Empire. Nous sommes les méchants".»
Nous aurions tort de négliger les connotations contemporaines de la référence à la Rome antique dans cette transformation des Etats-nations en Empire global. Il faut donc situer la problématique de La Guerre des étoiles (le passage de la République à l’Empire) précisément dans le contexte qu’ont décrit Antonio Negri et Michael Hardt dans leur livre "L’Empire", et le passage de l’Etat-nation à un empire mondial.
Les allusions politiques dans "La Guerre des étoiles" sont multiples et contradictoires. Elles confèrent à cette série son pouvoir «mythique»: monde libre contre Empire du Mal; débat sur l’Etat-nation convoquant les thèses de M. Pat Buchanan ou de M. Jean-Marie Le Pen; contradiction poussant des personnes de rang aristocratique (princesse, membres de l’Ordre élitiste des Jedi) à défendre la République «démocratique» contre l’Empire du Mal; et enfin cette prise de conscience essentielle du «nous sommes les méchants».
Comme le disent ces films, l’Empire du Mal n’est pas ailleurs; son apparition dépend de la façon dont nous, les «bons», nous le renverserons. Et cette question concerne l’actuelle «guerre contre le terrorisme»: comment celle-ci va-t-elle nous transformer?
Un mythe politique n’est pas une narration dotée d’une signification politique déterminée, mais un contenant vide dans lequel on verse une multitude de significations contradictoires. La Menace fantôme, épisode 1 de La Guerre des étoiles, fournit un indice crucial: les caractéristiques «christiques» du jeune Anakin- sa mère prétend qu’il est né d’une «conception immaculée», et la course qu’il gagne évoque manifestement la célèbre course de chars de Ben Hur, ce «conte du Christ».
L’univers idéologique de "La Guerre des étoiles" renvoie à l’univers païen du New Age. Il est donc logique que la figure centrale du Mal fasse écho à celle du Christ. Dans une vision païenne, l’avènement du Christ est le scandale suprême. Dans la mesure où diabolos (séparer, déchirer) est le contraire de symbolos (rassembler, unifier), le Christ lui-même devient une figure diabolique, en ce sens qu’il apporte «le glaive et non la paix» et trouble l’unité existante. Selon l’évangéliste Luc, Jésus aurait déclaré: «Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses soeurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple.»
Amour chrétien, compassion bouddhiste
Il faut garder à l’esprit que la position chrétienne est hétérogène par rapport à celle de la sagesse païenne. Le christianisme à ses débuts tient pour l’acte le plus élevé ce que la sagesse païenne condamne comme source du mal, à savoir le geste de séparer, de diviser, ou de se raccrocher à un élément qui compromet l’équilibre de tous.
Cela signifie qu’il faudrait opposer la compassion bouddhiste -ou taoïste- à l’amour chrétien. La position bouddhiste est, en fin de compte, celle de l’indifférence -état dans lequel toutes les passions sont réprimées-, tandis que l’amour chrétien est une passion visant à introduire une hiérarchie dans l’ordre des relations aux êtres. L’amour est violence et pas seulement au sens du proverbe balkanique selon lequel «s’il ne me bat pas, c’est qu’il ne m’aime pas», la violence de l’amour conduit à arracher un être à son contexte.
En mars 2005, le cardinal Tarcisio Bertone, sur les ondes de Radio Vatican, a fait une déclaration condamnant de la manière la plus ferme le roman "Da Vinci Code", de Dan Brown, accusé de reposer sur des mensonges et de propager des enseignements erronés (à savoir que Jésus aurait épousé Marie Madeleine et en aurait eu des descendants...). Le ridicule de la démarche ne doit pas nous faire oublier que le contenu de sa déclaration est, au fond, correct : "Da Vinci Code" inscrit le christianisme dans le New Age sous la rubrique de l’équilibre entre principes masculin et féminin...
Pour en revenir à "La Revanche des Sith", le film paie son allégeance à ces thèmes du New Age non seulement par sa confusion idéologique, mais aussi par sa médiocrité narrative: la transformation d’Anakin en Dark Vador, moment capital de toute la saga, n’atteint pas à la grandeur tragique qui conviendrait. Au lieu de se concentrer sur l’orgueil d’Anakin comme désir irrésistible d’intervenir, de faire le bien, d’aller jusqu’au bout pour ceux qu’il aime (Amidala) et, par conséquent, de sombrer dans le côté obscur, Anakin est simplement présenté comme un combattant indécis, qui glisse vers le mal en cédant à la tentation du pouvoir et en tombant sous la coupe du mauvais empereur. Autrement dit, George Lucas n’a pas la force de mettre réellement en oeuvre les parallèles République-Empire et Anakin-Dark Vador. C’est l’obsession même d’Anakin pour le mal qui le transforme en monstre...
Quels parallélismes en tirer? Au moment où la technologie et le capitalisme «européens» triomphent à l’échelle planétaire, l’héritage judéo-chrétien, comme «superstructure idéologique», semble menacé par l’assaut de la pensée «asiatique» du New Age.
Le taoïsme est en passe de devenir l’idéologie hégémonique du capitalisme mondial. Une sorte de «bouddhisme occidental» se présente désormais comme le remède contre le stress de la dynamique capitaliste. Il nous permettrait de décrocher, de garder la paix intérieure et la sérénité, et fonctionnerait en réalité comme un parfait complément idéologique.
Les gens ne sont plus capables de s’adapter au rythme du progrès technologique et des bouleversements sociaux qui l’accompagnent. Les choses vont trop vite. Le recours au taoïsme ou au bouddhisme offre une issue. Au lieu de tenter de s’adapter au rythme des transformations, mieux vaut renoncer et «se laisser aller» en gardant une distance intérieure vis-à-vis de cette accélération qui ne concerne pas vraiment le noyau le plus profond de notre être...
On serait presque tenté de ressortir, pour l’occasion, le cliché marxiste sur la religion comme «opium du peuple», comme supplément imaginaire à la misère terrestre. Le «bouddhisme occidental» apparaît ainsi comme la manière la plus efficace de participer pleinement à la dynamique capitaliste tout en gardant l’apparence de la santé mentale.
S’il fallait chercher un pendant à l’épisode 3 de La Guerre des étoiles, on serait tenté de proposer le documentaire d’Alexander Oey, "Sandcastles. Buddhism and Global Finance" («Châteaux de sable. Le bouddhisme et la finance mondiale», 2005), indicateur merveilleusement ambigu de la difficulté de notre situation idéologique, qui entremêle les commentaires de l’économiste Arnoud Boot, de la sociologue Saskia Sassen et de l’enseignant bouddhiste tibétain Dzongzar Khyentse Rinpoche.
Saskia Sassen et Arnoud Boot discutent de l’étendue, du pouvoir et des effets de la finance mondiale. Les marchés des capitaux peuvent, en quelques heures, faire monter ou anéantir la valeur de sociétés ou d’économies entières. Khyentse Rinpoche leur oppose des considérations sur la nature de la perception humaine: «Libérez-vous de vos attaches à ce qui n’est qu’une perception et n’existe pas en réalité», déclare-t-il. De son côté, Saskia Sassen affirme: «La finance mondiale est essentiellement un ensemble de mouvements continus. Cela disparaît et réapparaît.»
Dans la vision du bouddhiste, l’exubérance de la richesse financière mondiale est illusoire, coupée de la réalité objective: la souffrance humaine engendrée par les transactions qui s’opèrent dans les salles des marchés et des conseils d’administration invisibles à la plupart d’entre nous. Quelle meilleure preuve peut-il y avoir du caractère non substantiel de la réalité qu’une gigantesque fortune pouvant se réduire à rien en quelques heures? Pourquoi déplorer que les spéculations sur les marchés à terme soient «coupées de la réalité objective» alors que le principe fondamental de l’ontologie bouddhiste énonce qu’il n’y a pas de «réalité objective»?
Ce documentaire fournit ainsi la clé de La Revanche des Sith. La leçon critique à retenir, c’est que nous ne devons pas nous engager corps et âme dans le jeu capitaliste, mais que nous pouvons le faire... en gardant une distance intérieure. Car le capitalisme nous confronte au fait que la cause de notre asservissement n’est pas la réalité objective en tant que telle (qui n’existe pas), mais notre désir, notre avidité pour les choses matérielles et l’attachement excessif que nous leur portons. Par conséquent, ce qui nous reste à faire est de renoncer à notre désir pour adopter une attitude de paix intérieure...
Pas étonnant qu’un tel bouddhisme-taoïsme puisse fonctionner comme complément idéologique de la globalisation libérale: il nous permet d’y participer tout en gardant une distance intérieure... Capitalistes oui, mais détachés, zen...
Un texte de Rousseau que j'apprécie particulièrement:
«Malheur à qui n'a plus rien à désirer! Il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère, et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux. En effet, l'homme avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu'il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l'objet même; rien n'embellit plus cet objet aux yeux du possesseur; on ne se figure point ce qu'on voit; l'imagination ne pare plus rien de ce qu'on possède, l'illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d'être habité, et tel est le néant des choses humaines, qu'hors l'Etre existant par lui-même, il n'y a plus rien de beau que ce qui n'est pas.»
"Le Monde diplomatique" (site internet) relatait il y a quelques jours un évènement qui avait marqué le monde entier. Seulement, le point de vue exprimé est original, et disons que le souci de vérité l'emporte ici sur le préjugé occidental.
L’affaire ne pouvait être que de portée planétaire puisqu’elle a donné lieu, ces derniers jours, à des déclarations quasiment simultanées du Sénat des Etats-Unis, du Parlement européen et de la présidence allemande de l’Union européenne, sans parler des articles fleuves et des éditoriaux de la plupart des grands médias occidentaux. De quoi s’agit-il? De l’Iran, du réchauffement climatique, de la Palestine, du Darfour? Tout faux: la gravissime affaire en question est le non renouvellement, par le gouvernement vénézuélien, de la concession de 20 ans, venue à échéance le 27 mai, d’une chaîne de télévision privée, Radio Caracas Television (RCTV), afin d’installer sur sa fréquence hertzienne une chaîne de service public. C’est-à-dire exercer le droit souverain qu’a chaque Etat de disposer des biens publics rares que sont les fréquences hertziennes.
Atteinte aux droits de l’homme, à la liberté d’expression, censure, dérive autoritaire, totalitaire -voire fasciste-, toute la panoplie du vocabulaire rodé depuis des années contre le gouvernement de M. Hugo Chavez a été utilisée à nouveau massivement en cette circonstance.
Du côté politique, on retiendra d’abord la résolution votée à l’unanimité, le 24 mai, par le Sénat américain, en particulier par les aspirants démocrates à la succession de M. George Bush, contre la «fermeture» de RCTV. Votée précisément par les mêmes qui, reniant leurs promesses électorales, venaient, également à l’unanimité, de donner leur accord aux 100 milliards de dollars de crédits militaires demandés par la Maison Blanche pour la poursuite de l’occupation de l’Irak. Un bel exemple de rigueur démocratique.
Par la voix des services de Mme Angela Merkel, présidente en exercice du Conseil européen, l’Union européenne est également allée très loin dans l’hypocrisie. Dans une déclaration du 28 mai, elle «a noté avec inquiétude la décision du gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela de laisser expirer la licence d’émission de Radio Caracas Television (RCTV) le 27 mai, sans appel d’offres ouvert pour la licence qui lui succède». On ne sache pas, entre maints autres «oublis», que l’Union ait fait semblable déclaration et ait exigé un nouvel appel d’offres lorsque la licence d’émission de TF1, accordée en 1987 pour 15 ans, a été reconduite par le gouvernement français en 2002 dans la plus totale opacité. Pourtant, la «télé-poubelle» de MM. Bouygues, Le Lay et Mougeotte avait tourné en dérision les engagements qu’elle avait pris dans son cahier des charges en invoquant son «mieux-disant culturel». Tout indique qu’elle continuera impunément à le faire avec son nouveau patron, M. Nonce Paolini, flanqué de M. Laurent Solly, transféré du jour au lendemain du «staff» de M. Nicolas Sarkozy à sa filiale médiatique.
Pour ce qui est de l’abondante production des médias français, avant et après la date du non renouvellement de la concession de RCTV, la palme de la désinformation revient sans conteste, entre maints autres articles de la même veine, à l’éditorial d’un quotidien de référence, daté du 27-28 mai et intitulé «Censure à la Chavez». Il vaut la peine d’en citer et d’en commenter quelques passages.
D’emblée le ton est donné: «Le président Hugo Chavez a ordonné la disparition de RCTV». Non, RCTV ne «disparaît» pas: elle peut continuer à émettre sur le câble, par Internet et sur le satellite, et va sans aucun doute le faire. Mais, comme la loi le prévoit, sa fréquence hertzienne et sa couverture nationale reviennent au service public à l’échéance de la concession dont elle bénéficiait. Ou bien faudrait-il considérer que cette concession à durée limitée de RCTV était, en fait, à durée illimitée? Et cela en fermant les yeux sur ses multiples entorses à son cahier des charges qui lui avaient notamment valu d’être fermée pour des durées de 24 heures à 3 jours non pas par les gouvernements de M. Chavez, mais, en 1976, 1980, 1981, 1989 et 1991, par leurs prédécesseurs sociaux-démocrates ou démocrates-chrétiens. Depuis sa première élection à la présidence de la République en 1998, M. Chavez n’a fermé aucune station de radio ou de télévision ni poursuivi aucun journaliste. Pourtant, dans n’importe quel autre pays démocratique, c’est ce qui se serait passé, compte tenu de la caution ouvertement apportée par la plupart des médias -dont RCTV- au coup d’Etat avorté du 11 avril 2002, quand ce n’était pas à son organisation.
L’éditorial poursuit en dénonçant une décision politique «qui réduit le pluralisme et augmente la concentration de l’audiovisuel aux mains du gouvernement». De quelle concentration s’agit-il? En 2006, on comptait au Venezuela 20 chaînes hertziennes VHF privées et une publique. On comptait par ailleurs 28 chaînes hertziennes UHF privées, 6 publiques et 44 communautaires. Actuellement, avec l’incorporation de RCTV, le service public disposera de deux chaînes hertziennes VHF, de deux chaînes UHF et de deux chaînes sur le câble. On est très loin du monopole…
Sans la moindre trace d’humour, l’éditorial qualifie ensuite RCTV de «chaîne privée qui donnait la parole à l’opposition». RCTV donnait effectivement la parole à l’opposition, et ne faisait même que cela! Des études de contenu effectuées sur le mois de janvier 2007 montrent que, dans ses programmes, elle a invité 21 personnalités hostiles au gouvernement, et aucune qui lui soit favorable. Le même mois, une des quatre autres grandes chaînes privées, Globovision, a invité 59 opposants à M. Chavez et 7 de ses partisans. Seule Televen a respecté la parité: deux de chaque camp.
Certes on peut regretter que la seule chaîne publique hertzienne jusqu’ici contrôlée par le gouvernement, Venezolana de Television (anciennement Canal 8), ne soit pas non plus un modèle d’équilibre, mais comment pourrait-il en être autrement dans un paysage médiatique où la plupart des journaux, radios et chaînes de télévision se comportent en partis politiques d’opposition? Il faut espérer que TVES, la chaîne qui reprendra le signal de RCTV, tiendra ses promesses de pluralisme, même dans ces circonstances adverses.
Du côté de la presse écrite, la situation est encore plus tranchée: sur 10 quotidiens de diffusion nationale, 9 sont des opposants déclarés au gouvernement. Si l’on étudie le contenu des articles d’opinion publiés dans quatre d’entre eux au mois de janvier 2007, on obtient les résultats suivants: pour El Nacional, 112 hostiles, 87 neutres et 6 favorables; pour El Universal, les chiffres correspondants sont 214, 89 et 9; pour Ultimas Noticias, 31, 59 et 18; pour El Mundo, 49, 39 et 15. Ce qui ne les empêche pas de recevoir de la publicité des entreprises, des agences et des collectivités publiques.
Prétendre que la liberté d’expression est menacée au Venezuela relève donc de la plus insigne mauvaise foi. Il suffit de s’arrêter devant un kiosque à journaux ou de passer une heure devant un poste de télévision pour être convaincu du contraire. C’est même sans doute le seul pays du monde où, dans le passé, des appels publics à l’assassinat du président n’ont pas entraîné des poursuites judiciaires.
Mais alors, comme dirait M. Sarkozy, pourquoi tant de haine, pourquoi tant d’acharnement et de contre-vérités? Que M. Chavez irrite au plus haut point les Etats-Unis et leurs alliés par sa politique de récupération des richesses naturelles nationales et par la dénonciation des politiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international peut parfaitement se comprendre. Que des médias appartenant à de grands groupes industriels et financiers répercutent les orientations et les intérêts de leurs commanditaires est dans l’ordre des choses. En revanche, on reste perplexe devant le comportement d’organes de presse où le pouvoir éditorial est officiellement déconnecté du pouvoir des actionnaires…
Pour des raisons que j'ignore, Centerblog (ou je ne sais qui) a vidé mon site hier soir (ou ce matin très tôt). Tous mes articles furent remplacés par le logo du Front National -sachant que mon propos récurrent est antifasciste. Téméraire, j'ai tout publié à nouveau. Je vous demande néanmoins d'excuser le changement de structure.