Après les pensées estivales, les pensées automnales.
En automne, après la chaleur de l’été, après la lumière éblouissante du soleil, les yeux commencent à s’ouvrir. On commence à se poser des questions, à s’étonner, à réagir.
Je voudrais commencer par réagir, non pas au contenu des informations, mais à la manière dont elles sont disposées, dont elles sont mises à notre disposition. La question est: la conscience ne reconnaît-elle plus ce qui est prioritaire? Baudrillard meurt et tout le monde s’en fiche, Friedman disparaît et un grand hommage lui est rendu. Il est vrai que ce dernier fut prix Nobel de l’économie. D’ailleurs, il eut mérité tout autant celui de la paix, lui qui travailla si bien à anéantir le socialisme au Chili. Parallèlement à cet hommage, la lustration oblige certains Polonais à se repentir, et prive de leurs allocations ceux d’entre eux qui, étant communistes, ont eu la mauvaise idée de combattre le fascisme en Espagne.
En Algérie, les attentats se suivent et ne se ressemblent pas -comme par hasard au moment où le peuple est prompt à se révolter: quand il n’y a pas de victimes françaises, on préfère parler rugby.
Yasmina Reza, une précieuse ridicule, promeut son livre "L'aube le soir ou la nuit". Une sorte de carnet de bord minable où elle relate ce qu’elle a vécu auprès de celui qui allait devenir président de la république. Pendant que son livre se vend comme des petits pains, le président est aux Etats-Unis afin de signifier à son homologue son inébranlable amitié. On aurait presque envie d’oublier que pour le peuple irakien que ce soit l’aube, le soir ou la nuit, rien n’y change. Idem pour l’ouvrier français qui s’est retrouvé au chômage. Cette question concerne bien plus celui qui, après s’être fait élire par une masse de beaufs, fête sa victoire dans des yachts et des boites branchées.
Depuis l’avènement de la nouvelle équipe au pouvoir, force est de constater qu’on a tendance à délaisser les vrais problèmes au profit du vide. On stigmatise une partie des fonctionnaires en parlant des régimes spéciaux, on stigmatise une partie de l’immigration future en insistant sur l’importance des tests ADN, on met en garde contre les chiens dangereux et on débat sur l’euthanasie.
Au-delà de l’information, la question des priorités concerne les institutions elles-mêmes. En effet, le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement a réussi à donner une nouvelle âme à la police nationale, en lui accordant de nouvelles prérogatives: on passe d’une police censée maintenir l’ordre à une police politique qui s’attelle à en créer un nouveau, sans clandestins en l’occurrence dans un premier temps. Le monde du capital grandit quand la cage de l’homme se rapetisse.
Comme je l’ai dit précédemment à propos du régime israélien, une démocratie peut tout se permettre, y compris de ne plus agir conformément à l’idéal démocratique. On préfère stigmatiser les régimes qui n’ont pas la chance de jouir de cette étiquette. Le prix Sakharov le montre bien: le Parlement Européen a choisi cette année pour finalistes, à la surprise générale (ironie je précise), une journaliste russe pour cracher sur Poutine (à titre posthume), un avocat soudanais pour dénoncer ce qui se passe au Darfour et des dissidents chinois. Je n’ai qu’une chose à dire: surprenez-nous la prochaine fois! J’ose imaginer que le militant hostile à Chavez s’est classé quatrième. Voilà pourquoi, quand N. Chomsky décrit notre système d’information comme une «fabrique du consentement», on ne peut que souscrire à son point de vue. Peut-être pas P. Bruckner, penseur néocon, qui décrit l’Europe en ces termes: «L'Europe a plutôt vaincu ses monstres, l'esclavage a été aboli, le colonialisme abandonné, le fascisme défait, le communisme mis à genoux par KO. Quel continent peut afficher un tel bilan?» Là encore, une seule chose à dire: l’Europe n’a-t-elle pas défait ce qu’elle a elle-même fait? Espérons seulement que ce qui se fait là pourra être défait aussi!
A suivre...
"belle pensé" mais passablement formulé c domage mais je ressent toujour cette colére ou plutot cette haine qui t'empeche d'etre imparsial et a100% objectif mais.. ça viendra j'en suis sur.
à l'auteur du commentaire précédent: c'est loin d'être passable à mon goût... mais je serai curieuse de vous lire, vous qui jugez tellement sévèrement!
bon papier Adléne... Comme je le dit souvent, nous allons bientôt passer à un stade d'indifference totale, du refus d'autrui et surtout, de l'angoisse permanante. L'état normale ne sera plus 'ça va' mais 'tout est normal: je suis angoissé'.