A propos du talk show:
Auteur: Adlene Mohammedi.
Le nouveau président français s’ennuie. Il a tout fait pour gagner au Lotto, et maintenant que c’est fait, il est pressé de se débarrasser de cette responsabilité insupportable qui consiste à gérer l’énorme entreprise qu’est la France. En plus de cet ennui, ce que l’on retient de sa prestation à la télévision c’est sa capacité, encore intacte, à se contredire, ainsi que son excitation dès qu’il s’agit des étrangers. Une excitation contrastant avec son [pseudo] changement.
M. Sarkozy commence par expliquer que la mondialisation est l’occasion de se mettre en valeur, chaque pays pouvant progresser en comptant sur ses propres moyens, c’est à croire que là encore le travail paye. Si certains Etats africains, ainsi que Haïti, souffrent des émeutes de la faim, on sait désormais que c’est parce qu’ils travaillent mal. Seulement, Sarko, sans avoir l’impression de se contredire, évoque ensuite une crise internationale qui l’empêche d’agir, de travailler dans le bon sens. Cette mondialisation qui permet une concurrence salvatrice l’empêche finalement, tout autant que l’homme africain, de faire ce qu’il faut.
Premier sujet abordé : l’économie. Fièrement, il explique que la hausse des prix est plus importante en France qu’ailleurs. Ensuite, invoquant la sacro-sainte compétitivité inhérente à la globalisation, il explique qu’il n’est pas question d’augmenter les salaires. Enfin, sans apporter de solutions au problème du pouvoir d’achat, il fait preuve d’un populisme effarant : il dit comprendre les salariés des riches entreprises qui protestent. Problème : ils veulent une indexation des salaires sur les prix, alors que son rôle, et c’est lui le dit, est de faire en sorte que les actionnaires restent. Question : on sait comment il aide les actionnaires (en n’augmentant pas les salaires), mais, à part les encourager à protester, que fait-il pour aider les salariés ? Indépendamment de cela, on retiendra la stigmatisation des chômeurs, le travail érigé en valeur centrale (d’ailleurs, sans travailler plus, il ne faut rien espérer) et la mise en accusation de la fonction publique (c’est en supprimant des postes de fonctionnaires qu’il compte atteindre le déficit 0 en 2012).
Deuxième sujet abordé : les questions de société. Là, cinq thèmes sont abordés : l’immigration, l’éducation, les retraites, les OGM et la spéculation. Sur les travailleurs sans-papiers il s’énerve : pas besoin d’eux, il faut respecter la loi et, surtout, il faut cesser de culpabiliser. Mais pourquoi, lui à qui la Shoah semble coller à la peau, s’est-il senti obligé de parler de culpabilisation sur un sujet aussi concret ? Et pourquoi, alors que le journaliste évoque la possibilité d’une régularisation, a-t-il insisté sur le fait qu’il faille plus qu’un travail pour devenir français ? Je ne sache rien de plus extravagant qu’un ancien ministre de l’intérieur confondant régularisation et naturalisation ! Pire encore, tout comme il punit les chômeurs pour l’incompatibilité entre l’offre de travail (par les individus) et la demande de travail (par les entreprises), il sanctionne ces travailleurs sans-papiers pour leur existence même alors que des Français bien d’ici se retrouvent sans emploi. Sur l’éducation, je retiens surtout qu’il trouve normal que les jeunes s’inquiètent (peut-être parce que lui-même a cessé de s’inquiéter). Sur les retraites, je retiens sa volonté de faire travailler les gens plus et plus longtemps pour épargner les entreprises qui risquent de délocaliser (c’est là qu’on voit à quel point la mondialisation est une bonne chose). Sur les OGM, tout comme sur la spéculation, il parle vaguement de précautions… C’est à croire que la précision est réservée à des domaines moins influents mais plus médiatiques.
Troisième sujet abordé : la diplomatie. Et c’est là que j’ai l’impression de commenter la parole d’un véritable con d’Orsay (proche de l'autre Nicolas [de Condorcet] à certains égards). Pour la Chine, d’abord, il dit «j’ai parlé au président chinois» comme il disait «j’ai parlé au président Kadhafi». Personnellement, je ne le crois pas. Ensuite, il explique que l’intérêt de la Chine réside dans sa capacité à influer sur les régimes de Téhéran et de Khartoum (deux régimes liés par l’islam). Enfin, il invoque De Gaulle (qui a reconnu la Chine avec le Tibet) pour justifier son incapacité à aider les bouddhistes. Je comprends ses hésitations : d’un côté, il y a des intérêts économiques indéniables ; d’un autre côté, il y a des lobbies (Robert Ménard [RSF] est payé par la CIA) qui oeuvrent contre l’intérêt des entreprises françaises. Pour l’Europe, en bon clown prompt à diriger l’Union, il indique que seule la partie la plus jolie d’Istanbul est européenne. Pour l’Afghanistan, il refuse tout dialogue avec des Talibans soutenus par la population, celle-ci se sentant, à juste titre, agressée et méprisée par les Occidentaux. Le cliché du musulman moyenâgeux est inévitable pour justifier son atlantisme. Evidemment, le propos est tempéré par les fameux «droits de l’homme», de la «malheureuse» femme afghane notamment. Il finit par invoquer des attentats à Paris (la peur est nécessaire à tout discours populiste et xénophobe)… Mais lesquels ? Pour le Hamas, Sarko ne veut rien entendre. Ces islamistes veulent rayer, tout comme l’Iran, Israël de la carte. En réalité, le Hamas, et le président Carter le sait pour avoir dialogué avec lui, reconnaît désormais les frontières de 1967. C’est donc les islamistes du Hamas qui font des efforts, et non le gouvernement massacreur d’innocents d’Olmert. Que l’héritier de Vichy préfère le collaborateur Abbas, cela peut finalement se comprendre ! Dernier thème : Betancourt. Soutien justifié par le fait qu’elle soit française.
Ensemble tout devient possible, surtout le pire !
merci, ami, pour ce texte excellent. Je viens juste apporter ma pierre pour Sarko et Hamas. Voici ce qui a été publié par Haaretz, écrit pas Gush shalom, israéliens
Dans son encart hebdomadaire dans le quotidien israélien Haaretz, le mouvement anticolonialiste Gush Shalom écrit :
voilà, qu'olmert fasse la sourde oreille nous prouve, si besoin était, qu'ils ne veulent ni paix ni "truce". Sarko devrait se renseigner ailleurs qu'auprès du CRIF ! Salam.
Merci pour votre analyse. Je suis complétement d'accord avec vous. Le prime time de Sarkozy a fait peur plus qu'il a rassuré...